Élections provinciales

1 mars 2007

Un gouvernement minoritaire ? Pourquoi pas ?

La plupart des spécialistes de la question vous diront, à propos d’un gouvernement minoritaire, qu’il est plus instable et moins apte à gouverner. C’est là une vision plutôt étroite de la démo­cratie car si un gouvernement minoritaire ne peut consciem­ment être obtenu par les électeurs, il n’en demeure pas moins un résultat de choix pour tous ceux qui souhaitent une plus grande participation citoyenne au Québec.

Élu par tout le monde !

Le gouvernement minoritaire est, par ailleurs, un symptôme de notre temps. On en a eu deux au niveau fédéral ces dernières années et la plupart des pays européens et des nouvelles démo­craties sont gouvernés par des coalitions alors pourquoi le Québec est-il en reste ? N’y a-t-il rien de plus rassurant que de voir, le soir des élections, un nouveau premier ministre d’un gouvernement minoritaire qui parle de consensus, de discus­sions, etc ? À l’inverse, n’y a-t-il rien de pire pour la démocratie que de voir un élu-à-la-pluralité (élu avec le plus grand nombre de votes et non à la majorité) se proclamer le roi du monde et se prétendre élu par tout le monde (prenez Jean Perrault à la der­nière élection municipale qui n’a remporté que le tiers des voix) !

Par ailleurs, l’« incapacité à gouverner » d’un gouvernement minoritaire suggère que les gouvernements prennent toujours d’importantes décisions sur des sujets qui le sont tout autant et que le premier ministre doit nécessairement avoir le pouvoir pour régler les problèmes avec un grand P sans avoir à en parler avec un parti d’opposition. Le spectacle du Parti libéral du Québec (PLQ) en fin de mandat nous fait sourire devant ces arguments. Le mode de scrutin majoritaire et les élections à dates aléatoires sont autant des incitatifs à la gouverne purement par­tisane qu’un frein aux véritables réformes. Un gouvernement plus instable recourrait probablement plus au peuple sous la forme de référendum ou tout simplement de sondages ; il ne dis­poserait plus d’une carte blanche pour renier ses promesses.

Des promesses… alouette !

Ces promesses d’ailleurs doivent laisser songeurs. Cette élection devrait, semble-t-il, porter sur la santé. Or, le principal sujet en santé est l’adoption probable d’un système de santé à deux vitesses. Avec la question environnementale (à plusieurs volets), cet enjeu est le plus important de la campagne. Cela dit, au moment de mettre sous presse, aucun des chefs n’en avait parlé. L’ADQ et le PLQ proposent tous deux cette alternative tandis que le PQ semble la rejeter et que Québec Solidaire se limite à la question des médicaments. Quant à l’environnement, tous les partis se ressemblent : on associe essentiellement l’écologisme à « transport en commun, éoliennes et char électrique » alors que ce problème demande des solutions autrement plus radicales, on se contente de distribuer les bonbons et de se peinturer la queue du Q en vert.

Qui veut vraiment de Charest pour encore quatre ans ? Qui voudrait sérieusement élire Dumont avec sa révolution du bon sens ? Qui est séduit par le nouveau PQ qui ne parle que de PIS et de subventions aux alumineries ? Et qui croit que Québec Solidaire sait vraiment où il s’en va ?

Électeurs, exprimez-vous !

Bref, il faut aller voter, et ce, sans considération « stratégique ». Le choix d’un parti politique pour gouverner le pays demeure, encore aujourd’hui, un élément essentiel à la vie démocratique. Et s’il résulte de ce vote un gouvernement minoritaire, ce ne sera pas la fin du monde. Au contraire.

 

 

 

 

Partager :

facebook icontwitter iconfacebook icon