À la fin du mois dernier, le médias se réjouissaient d’un( nouvelle incompréhensible. La cote de crédit de la ville de Sherbrooke « bondissait » de BBB à A, selon l’évaluation de la Société canadienne d’évaluation du crédit.

En très bref, cela veut dire que notre ville pourra dé­sormais émettre des obligations (c.-à-d. emprunter) en payant moins d’intérêts. Sher­brooke est considéré comme plus « solvable », c’est donc un témoi­gnage de confiance sur la santé financière et économique de la ville.

Pourtant, en 1982, la récession générale nous avait durement frappés. Les industries qui avaient assuré notre « richesse » : passée étaient en déclin, et le sont encore. Au cours des dernières années, 2 000 emplois ont été perdus dans les secteurs « mous » comme le textile, l’ameublement et l’industrie forestière. Aussi, les événements récents à la Inger­soll Rand (3/4 des employés mis à pied) et à la Combustion Engineering (175 mises à pied suivies’ d’une grève) témoignent du déclin d’une partie du secteur manufacturier.

Pour sortir de la crise, la straté­gie locale fut la même qu’ail­leurs : attirer les investissements dans les secteurs de pointe, acti­ver le commerce et revoir le rôle de l’administration municipale. Il fallait opérer le changement de vocation de l’économie locale.

Du charme et des cadeaux

Pour attirer les investisse­ments, la ville lance d’abord ses campagnes de charme. Sher­brooke devient « Plus qu’une vil­le »; on nous décrit comme étant travaillants, bilingues et accueil­lants. La « plus que ville » devient fleurie, les citoyen-nes étant invité-e-s à se décorer pour amélio­rer le paysage urbain. Si ces ef­forts déclenchent un sourire mo­queur de notre part, d’autres méritent notre plus grand sérieux.

Pour activer l’activité écono­mique, la ville subventionne (nous subventionnons), par le programme Revi-Centre, les commerces désireux de se refaire une beauté pour attirer les consommateurs (encore nous). Aussi, elle a mis en vente plu­sieurs terrains jugés improductifs pour les rendre accessibles au dé­veloppement. Les promoteurs, gens d’affaires par excellence, reçoivent une bonne oreille au Conseil municipal et les change­ments de zonage demandés sont souvent accordés.

Quand on parle de terrains im­productifs, on parle bien sûr des espaces trop verts de notre « Plus que ville ». Les bois et les boisés disparaissent ou rapetissent, eux qui ne faisaient que produire de l’oxygène, chose inutile s’il en est, dans une ville devenue entre­prise.

Ces ventes de terrains ont par­ticipé à la relance de la construc­tion, si apparente à Sherbrooke. La vigueur de la construction étant un signe de santé économi­que, il faudrait conclure que tout va bien.

Bonne et mauvaise nouvelle

Le problème, c’est qu’on confond la santé de l’économie avec celle des personnes. Pour­tant, il est difficile de faire le lien entre notre qualité de la vie tant vantée et le rétrécissement du Bois Beckett, par exemple. Un autre exemple de cette contradic­tion se retrouve dans la descrip­tion de la main-d’œuvre sher­brookoise offerte par l’évaluation de la Société canadienne d’éva­luation du crédit.

On décrit notre participation comme étant « concurrentielle, tant du point de vue des salaires que des arrêts de travail ». Donc, on gagne moins et on grève moins. Il faut dire à ce chapitre que le revenu moyen des Sher­brookois-es était de 333 $/se­maine en 1984 comparativement à 401 $ pour le reste des Cana­dien-nes… Bonne nouvelle pour certains.

« En fait, poursuit l’analyse, c’est grâce à la disponibilité d’une telle main-d’œuvre que Sherbrooke a pu attirer des indus­tries, telles que TIE » (entreprise fleurie de l’année) « et Baxter-Travenol » (qui fabrique de l’é­quipement para-médical). Ren­dus disponibles par la récession, les Sherbrookois-es ont pris allè­grement la route des études et du virage technologique.

Quant aux arrêts de travail, il est malheureux de constater que la ville pousse la courtoisie jus­qu’à fournir ses policiers pour permettre à une compagnie comme la Combustion de poursuivre certaines activités malgré le conflit de travail. Cela diminue considérablement les effets de l’action entreprise par les em­ployés pour améliorer leurs condi­tions de travail et de vie.

Pour finir, l’analyse prévoit que 6 % de la main-d’œuvre lo­cale serait affecté par un accord de libre-échange. À ces gens, on dit de ne pas s’ inquiéter. Les nou­veaux champions de l’économie les accueilleront sans problème. Un éditorialiste d’un journal lo­cal nous le promet, à condition que l’on fasse preuve d’une cer­taine polyvalence. Plus facile à dire qu’à faire, surtout avec la formation que demanderont les nouveaux emplois et la quantité de jeunes qui sont déjà prêts à travailler, quand les fameuses jobs apparaîtront.

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