Année de la paix: réflexion faite

1 Décembre 1986

À première vue, on n’a pas l’impression que l’année internationale de la paix qui s’achève ait beaucoup touché la population de Sherbrooke : les actions pour la paix n’ont pas fait courir les foules, c’est le moins qu’on puisse dire.

Pourtant, il s’est fait des choses : la CEQ a engagé les enseignants/tes dans une campagne d’éducation à la paix qui semble avoir rejoint la majorité des enfants de nos écoles; deux municipalités de l’Estrie, Lennoxville et Ste-Catherine de Hatley, se sont déclarées ZLAN (zones libres d’armes nucléaires); la campagne du F-18 pour la paix, consistant à demander au Fédéral qu’il consacre le coût d’un F-18 (   millions de dollars) à créer des emplois socialement utiles, a recueilli des milliers de signatures à Sherbrooke, etc.

Les sceptiques et les pessimistes pourront dire que ce ne sont là que des poussières, des gestes faibles et sans lendemain, comparés à l’énormité et à la puissance de la machine de guerre. Pour notre part, nous croyons que certaines idées fondamentales ont fait leur chemin dans les consciences et que c’est là quelque chose de très encourageant, quelque chose qui rend la guerre plus évitable.

Parmi ces idées, celle que « la paix, ça commence par en bas » est probablement la plus importante, car elle reflète un changement d’attitude : nous réalisons de plus en plus que ce n’est pas des puissants qu’il faut attendre la paix. Le travail au niveau des municipalités en vue d’obtenir qu’elles se déclarent ZLAN illustre bien cette nouvelle attitude. Notons ici qu’au moins deux membres du nouveau Conseil municipal de Sherbrooke ont déclaré au cours de leur campagne qu’ils allaient appuyer cette initiative du Conseil estrien pour la paix pour faire de Sherbrooke une zone où il sera interdit de fabriquer, entreposer ou transporter des armes nucléaires ou des produits servant à leur fabrication.

Complémentaire à cette idée de « la paix par la base », il y a l’idée qu’« il n’y a pas de paix sans justice ». Le spectacle de la violence qui monte à mesure que la crise accentue les inégalités sociales a sans doute contribué à nous faire saisir qu’au fond, la paix, c’est une affaire de justice. Quand on a compris cela, on cesse de croire que les gens ordinaires ne peuvent rien faire pour la paix, puisque ce sont d’habitude les gens ordinaires qui travaillent le plus pour la justice.

Si ces deux idées fondamentales ont vraiment fait leur chemin dans les consciences, alors on peut espérer que l’Année de la paix aura été le début d’une vaste action qui pourrait fort bien faire de l’an 2000 (c’est dans 13 ans !) la première des « années de paix ». Réflexion faite, il faut passer à l’action !

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