Entrée Libre a rencontré pour vous, Nasima Abibi, originaire de l’Afghanistan et membre de la communauté afghane de Sherbrooke. Nasima habite ici depuis neuf ans avec son époux et ses quatre enfants.
Pour tout dire, la famille Abibi est en exil depuis 13 ans. En effet, la guerre qui sévissait en Afghanistan, lors de l’invasion russe en 88-89, a précipité leur départ. Jugeant qu’il était trop dangereux d’y élever leur famille, les Abibi se sont réfugiés en Inde où ils ont vécu quatre ans.

Depuis que ce pays est sur la sellette, nous avons appris que la population était composée de nombreuses tribus. Nasima nous rappelle qu’avant même le début de la guerre civile, des affrontements tribaux avaient lieu régulièrement. Avec l’arrivée des talibans au pouvoir, cela s’est accentué. Ils ont aboli l’éducation obligatoire à partir de l’âge de sept ans, et ce, dans tous les villages. Ils ont fait de même dans les villes. Aujourd’hui, tout est à refaire.
Selon elle, le pouvoir exercé par un régime islamiste fait regretter à plusieurs le régime républicain du Dr. Nagibullah instauré en 1973. Aujourd’hui, Nasima regarde son pays et ressent une bien grande tristesse et beaucoup d’inquiétude, surtout pour les enfants. Elle voit bien que son pays est dévasté. Elle s’interroge sur les bombardements américains sur les montagnes afghanes qui tuent beaucoup de civils, mettent en péril la génération future et compromettent la reprise de l’activité agricole au pied des montagnes.
Un peuple courageux
Nasima sait que son peuple est courageux et qu’il s’est relevé souvent dans le passé suite à des guerres ou des sécheresses. Cette fois-ci, elle se demande comment il pourra faire pour reconstruire son pays et s’en sortir.
Nasima Abibi ne sait pas encore si elle peut faire confiance au Comité d’unité nationale provisoire car la situation lui semble trop tendue. Même si elle se réjouit de la présence de deux femmes sur ce comité, dont Sima Samar*, qui a été nommée ministre de la Condition féminine, elle a peur et dit craindre que les Américains profitent de leur présence en sol afghan pour « prendre » le pays, c’est-à-dire, « s’approprier » les ressources premières dont les pierres précieuses et les mines de cuivre au Nord. Pour cela et pour tout le reste, nous comprenons et partageons son inquiétude.
*Sima Samar : Femme héroïque qui, à la barbe des talibans, a mis sur pied écoles et hôpitaux. Elle était de passage au Canada lors qu’elle a appris sa nomination.



