Avenir… mais quel avenir ?

1 février 2002

Entrée Libre a rencontré pour vous, Nasima Abibi, originaire de l’Afghanistan et membre de la commu­nauté afghane de Sherbrooke. Nasima habite ici depuis neuf ans avec son époux et ses quatre enfants.

Pour tout dire, la famille Abibi est en exil depuis 13 ans. En effet, la guerre qui sévissait en Afghanistan, lors de l’invasion russe en 88-89, a précipité leur départ. Jugeant qu’il était trop dangereux d’y élever leur fa­mille, les Abibi se sont réfu­giés en Inde où ils ont vécu quatre ans.

Depuis que ce pays est sur la sellette, nous avons appris que la population était composée de nombreuses tribus. Nasima nous rappelle qu’avant même le début de la guerre civile, des affrontements tribaux avaient lieu régulièrement. Avec l’arri­vée des talibans au pouvoir, cela s’est accentué. Ils ont abo­li l’éducation obligatoire à par­tir de l’âge de sept ans, et ce, dans tous les villages. Ils ont fait de même dans les villes. Aujourd’hui, tout est à refaire.

Selon elle, le pouvoir exercé par un régime islamiste fait re­gretter à plusieurs le régime ré­publicain du Dr. Nagibullah instauré en 1973. Aujourd’hui, Nasima regarde son pays et ressent une bien grande tris­tesse et beaucoup d’inquiétude, surtout pour les enfants. Elle voit bien que son pays est dé­vasté. Elle s’interroge sur les bombardements américains sur les montagnes afghanes qui tuent beaucoup de civils, met­tent en péril la génération fu­ture et compromettent la re­prise de l’activité agricole au pied des montagnes.

Un peuple courageux

Nasima sait que son peuple est courageux et qu’il s’est relevé souvent dans le passé suite à des guerres ou des sécheresses. Cette fois-ci, elle se demande comment il pourra faire pour reconstruire son pays et s’en sortir.

Nasima Abibi ne sait pas en­core si elle peut faire confian­ce au Comité d’unité nationa­le provisoire car la situation lui semble trop tendue. Même si elle se réjouit de la présence de deux femmes sur ce comité, dont Sima Samar*, qui a été nommée ministre de la Condi­tion féminine, elle a peur et dit craindre que les Américains profitent de leur présence en sol afghan pour « prendre » le pays, c’est-à-dire, « s’appro­prier » les ressources premiè­res dont les pierres précieuses et les mines de cuivre au Nord. Pour cela et pour tout le reste, nous comprenons et parta­geons son inquiétude.

 

*Sima Samar : Femme héroïque qui, à la barbe des talibans, a mis sur pied écoles et hôpitaux. Elle était de passage au Canada lors qu’elle a appris sa nomination.

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