Big Brother en ville?

1 juin 2005

Le besoin chez l’être humain de se sentir en sécurité est sans contredit logique et légitime. En ce sens, nos sociétés ont mis sur pied différents moyens afin de satisfaire ce besoin vital. Cependant, une question se pose : jusqu’où sommes-nous prêts à aller dans cette quête de protection ?

Le premier exemple qui me vient en tête est celui des événements du 11 septembre 2001. Depuis, certaines me­sures prises par quelques États afin d’assurer la sécurité publi­que et nationale ont pu faire l’objet de questionnements éthiques. « Le contrôle plus sévère aux aéroports, la dis­crimination exercée à l’endroit des communautés musulmanes (et quelques autres) et l’accrois­sement de l’écoute électronique sont des exemples où le droit à la sécurité a été confronté au droit à l’intégrité et à la dignité de la vie privée.

Le parallèle entre cette situa­tion et le besoin de sécurité au centre-ville de Sherbrooke est évidemment disproportionné. Mais le questionnement reste : que sommes-nous prêts à con­sentir afin d’accroître notre sentiment de sécurité ? Si l’apparition des caméras de surveillance vidéo dans les centres urbains n’est pas d’hier, cela ne signifie pas pour autant que cette straté­gie soit dénuée d’enjeux et de questionnements. Or, à la suite du malheureusement drame de juin 2002 (le viol et le meurtre de Julie Boisvenu), nous pou­vons voir dans l’actualité locale un pas de plus dans cette direction dite protectrice, à savoir l’idée d’enregistrer sur bande vidéo au centre-ville de Sherbrooke afin de dissuader le crime et d’avoir un moyen supplémentaire d’intervention en direct. Est-ce un pas en avant ou un pas en arrière ?

La protection réelle

À mon sens, la campagne menée par monsieur Boisvenu, visant justement ces enregis­trements vidéo, n’est pas sans intérêt. Et pourquoi donc ? Parce que des conflits d’ordre éthique sont manifestes. En effet, l’intégrité de la vie privée des citoyennes et citoyens est mise en danger par cette requête. Je pense ici particu­lièrement aux jeunes, aux itinérants et aux marginaux, qui sont déjà surveillés par diverses méthodes et pour qui ce moyen supplémentaire de surveillance n’aura sans doute rien de bénéfique. Et pour les autres ? Est-ce bien différent ? J’en doute. L’efficacité d’une telle mesure n’est pas prouvée, mais attention, l’atteinte à la vie privée l’est !

Non pas que je sois contre la sécurité. Seulement, soyons honnête ! D’une part, absolu­ment aucun moyen ne peut éliminer complètement la violence et le crime. Ni ici, ni à Montréal ou Chicago ! D’autre part, il existe mani­festement d’autres mesures destinées à accroître non pas le sentiment de protection — ce que les caméras vidéo offrent — mais bien une protection réelle. Je peux suggérer la pré­sence de corps policier dans les rues ou les bars, l’éclairage intensifié dans les rues, les campagnes de sensibilisation ou la simple vigilance citoyenne.

 

 

 

 

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