On s’inquiète beaucoup pour les jeunes. On les trouve blasés et désintéressés face aux questions politiques et sociales. On leur avait pourtant préparé un beau programme rempli de revendications et de réformes de toutes sortes mais les jeunes n’en veulent pas. Ils ne font plus le poids. En fait, la seule ligne de conduite adoptée par l’ensemble des jeunes semble être l’individualisme.
C’est que cette génération coincée entre la révolution tranquille et le virage technologique, entre Woodstock et Live Aid, et que l’on surnomme affectueusement la génération oubliée, ne sait plus où donner de la tête. On leur promettait 100 000 emplois tout de suite après la grande montée inflationniste. Par la suite, les taux d’intérêt ont grimpé radicalement, et on connaît la suite : récession, chômage, etc. On recommence à zéro.
Par contre, se fiant aux profits enregistrés par nos grosses compagnies, la reprise devrait être amorcée depuis déjà deux ans; avez-vous vu quelque chose ?
Bien sûr, nos dirigeants n’ont pas chômé tout ce temps-là eux… Se basant sur le principe qui veut que, « si on ne peut diminuer la quantité de la main-d’œuvre disponible, on peut toujours en augmenter la qualité », le gouvernement a créé le bénévolat institutionnalisé. Les stages en entreprise, travaux communautaires, jeunes volontaires et rattrapage scolaire sont nés; la faim justifie les moyens.
S’amorce alors une campagne de publicité monstre où l’on voit ces jeunes tout en couleurs, souriant à pleines dents depuis ce Déclic venu d’en haut. On prend bien soin de taire les montants alloués aux participants-tes de ces programmes présentés à la population sous le couvert de cette sacro-sainte formation. Nous voilà rendus-es des incompétents-tes !
Le tableau est sombre : chômage, B.S., travail à temps partiel, salaire minimum et conditions de travail déplorables sont depuis longtemps le lot des jeunes, mais rarement on les a vus s’acharner sur une génération avec autant d’intensité.
C’est dans ce triste décor que s’est amorcée l’année internationale de la jeunesse, et c’est dans ce même contexte qu’elle a pris fin. Nous avons bien eu droit à un programme de subvention réservé aux 15-30 ans, gracieuseté du secrétariat à la jeunesse, mais le budget de ce dernier ne leur permettait d’accepter que 20 % des projets présentés. Par la suite, on nous offrait une série de symposiums sur les jeunes et l’emploi où nous avons eu l’occasion de vérifier l’intérêt de nos « partenaires socio-économiques » sur cette question. Leur réceptivité a confirmé nos craintes. Le gouvernement avait pour sa part bien pris soin de ne pas se mêler aux débats. C’eut été très risqué en période électorale.
Pendant ce temps, le nouveau héros des Don Quichotte anonymes, Yves Blanchette se tapait une publicité monstre en organisant un super party dans la « sloche » du Saint-Laurent. Malheureusement selon lui, « les jeunes ne se préoccupent pas le moins du monde de l’hygiène de notre égout national ». Cette affirmation boiteuse a coûté 600 000 dollars au gouvernement. Je m’arrête ici sur ONET, il serait indécent de continuer.
À défaut d’un Woodstock, quelques festivals et salons de jeunesse sont venus agrémenter notre été, mais sans grand succès. La démoralisation démobilise.
Finalement, que de distractions en cette année internationale de la jeunesse; on a même failli oublier que tout va mal. Il faudra pourtant que les dirigeants reconnaissent un jour ce droit à des conditions de vie décentes, et ce, sans discrimination face à l’âge, au sexe ou autres. L’année internationale de la femme nous avait appris que la bonne conscience des gouvernements s’acquiert facilement, celle de la jeunesse a confirmé cette thèse.
Alarmiste ? Ben voyons ! Vive l’année internationale de la paix.




