Jeunes Volontaires: qui compte vraiment ?

15 mars 1986

Le programme Jeunes Volontaires ne répond plus. Ça sonne inoccupé. Depuis le 6 février dernier, journée au cours de laquelle le programme a atteint son objectif de 6 000 par­ticipant-e-s, l’ordinateur central refuse toute autre sortie d’argent destiné à de nouveaux projets. Jeunes Volontaires, dit-on avec complaisance, est victime de sa trop grande popularité…

L’ennui c’est que les cerveaux du programme n’ont aucune rai­son de s’envoyer les neurones en l’air. De tous les programmes lancés par nos gouvernements ces dernières années, celui-ci fe­rait plutôt figure d’enfant pauvre avec la maigreur des montants al­loués aux participant-e-s. En ef­fet, une personne prenant part à un projet (minimum de 20 heures par semaine) reçoit 150 $ par mois ou la parité avec les plus de 30 ans si elle bénéficie de l’aide sociale.

Par ailleurs, il faudrait ajouter que le ministère de l’Éducation, même impliqué dans la gestion de Jeunes Volontaires, n’a tou­jours pas été foutu de mettre en place un mécanisme de recon­naissance pour les apprentissages acquis en cours de projet, parce que c’est sur cette sacro-sainte formation que repose le principe même de Jeunes Volontaires.

Finalement, on ne peut pré­tendre que le programme coûte terriblement cher aux Québécois­es puisque sa réalisation en ré­gion est assurée par les comités locaux composés essentiellement de bénévoles.

Et voilà qu’on gèle les fonds, comme ça… sans même en aviser les comités locaux. Juste comme nous commencions à apprécier le programme.

Car, voyez-vous, à sa sortie en janvier 1984, le programme Jeunes Volontaires a reçu un ac­cueil plutôt hostile de la part du) milieu. Il faut tout de même ad­mettre qu’il ne semblait pas avoir grand-chose à offrir, n’allouant que 1,60 $ l’heure aux partici­pant-e-s. Toutefois, suite à quel­ques réajustements, le pro­gramme est devenu disons un peu plus acceptable pour à peu près tout le monde.

Ces quelques modifications touchaient principalement les al­locations versées aux participant­e-s. De 100 $ par mois qu’elles étaient à la naissance du pro­gramme, elles sont passées aux montants que nous connaissons aujourd’hui. De plus, l’aspect formateur est devenu un critère essentiel à l’acceptation d’un projet.

Il est permis de croire que ces nouvelles mesures ont rendu le programme un tantinet plus inté­ressant pour les jeunes qui cher­chaient à explorer leurs intérêts dans différents domaines. Évi­demment, on est encore bien loin d’un véritable programme d’em­ploi mais Jeunes Volontaires cor­respondait au strict minimum que les sans-emploi sont en droit d’exiger.

* * *

Quel avenir réserve-t-on à Jeunes Volontaires ? Pour l’ins­tant, le malade est sous observa­tion… Au moment de mettre sous presse, nous apprenions que le chirurgien en chef du Conseil du Trésor entendait maintenir la vic­time sous anesthésie au moins jusqu’au 31 mars prochain. On décidera alors du traitement à prodiguer : greffe ? amputa­tion ?… ? à moins que le malade ne décède d’ici là.

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