Il était une fois… une recherche d’emploi !

18 avril 1986

Il était une fois deux femmes (c’est-à-dire nous) qui cher­chaient un emploi. Nous avons donc décidé d’ouvrir la Tribune afin de trouver notre fu­tur salaire dans ses petites an­nonces. Après avoir tourné plu­sieurs pages, nous sommes enfin tombées sur la rubrique « Person­nel demandé ». Quelle chance s’offrait à nous ! Quelques em­ployeurs « sérieux » étaient à la re­cherche des perles rares que nous sommes ! C’est vrai quoi ! Quel employeur résisterait à tant d’in­telligence, de personnalité, de dynamisme, d’humour et si peu de prétention ! ? Ah malheur ! À notre grande déception, nous nous sommes retrouvées face à des emplois pour lesquels les « compétences » exigées rele­vaient davantage de l’allure de notre « body » et de notre « sono­rité » que de toutes nos autres qua­lités réunies. N’écoutant que notre rage et notre courage, nous avons décidé de téléphoner aux numéros contenus dans les an­nonces nous ayant le plus cho­quées. Nous avons donc changé de nom, d’âge et d’occupation pour enquêter plus à fond sur ces emplois douteux.

Notre première démarche fut donc de contacter le Studio Soleil qui demandait : « MASSEUSE avec expérience ou désir d’ap­prendre. » (Comme quoi nos pe­tits doigts de fées peuvent servir à pétrir différents types de pâtes). C’est ainsi que Josée Martineau et Sylvie Tremblay (nous) ont contacté un chaleureux monsieur tout disposé à les rencontrer. Ja­mais trop prudentes (deux femmes averties valent bien un employeur même chaleureux), elles se sont informées discrète­ment du type d’entrevue qu’of­frait le Studio Soleil. Ah misère ! Il fallait beaucoup plus que des doigts pour l’emploi. En effet, le chaleureux monsieur nous a dit qu’il allait devoir nous photogra­phier pour le dossier et pour éva­luer nos caractéristiques physi­ques. À noter que pour cet emploi la beauté du corps semblait avoir plus d’importance que nos connaissances dans le domaine du massage. Il nous a aussi dit que la clientèle était presqu’ex­clusivement composée d’hom­mes. Évidemment nous l’avions déjà deviné (vites les filles, hein ?). Le travail pouvait être ef­fectué à la maison ou au studio, qui « malheureusement », n’était pas encore installé. Afin de pas­ser pour des candidates sérieuses (ce que nous sommes pour d’autres types d’emplois) nous avons demandé une entrevue mais nous n’y sommes pas allées. On n’est pas fines hein ?

Fortes de cette première expé­rience, nous avons décidé de battre le fer pendant qu’il était chaud et de passer au second appel. Cette fois-ci on demandait : TÉLÉPHONISTE à temps plein ou à temps partiel pour appels « érotiques ». Quand même ner­veuses (soyons honnêtes), quel­ques minutes de « pratique » fu­rent nécessaires : tout d’un coup qu’il nous aurait demandé un échantillon de notre voix la plus sensuelle. Mais… tout ce travail n’a servi à rien car après plusieurs appels, ou ben c’était occupé, ou ben ça répondait pas. Notre der­nier appel nous apprit qu’« il n’y avait plus de service au numéro que nous avions composé ». N’al­lez pas croire que le service d’ap­pels « érotiques » venait de mourir de sa belle mort. En effet, quel­ques jours plus tard, la même Tri­bune faisait paraître une annonce offrant le service. De plus, on nous apprenait que le sex-shop de la rue Wellington Sud était dans le coup ! Quelle belle équipe ! On a donc déduit de ceci que l’em­ployeur avait trouvé tout le per­sonnel dont il avait besoin.

C’est donc avec déception que nous avons dû renoncer à fêter le premier mai en tant que travail­leuses. Toutefois, il vaut mieux ne pas avoir d’emploi que d’avoir un emploi pour lequel notre corps ou notre voix sont plus impor­tants que nos véritables qualités de travailleuses. En tout cas, c’est pas avec ce genre d’an­nonces que nous atteindrons le plein emploi. Un coup parti… pourquoi pas les afficher au centre de main-d’œuvre ? !

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