Il était une fois deux femmes (c’est-à-dire nous) qui cherchaient un emploi. Nous avons donc décidé d’ouvrir la Tribune afin de trouver notre futur salaire dans ses petites annonces. Après avoir tourné plusieurs pages, nous sommes enfin tombées sur la rubrique « Personnel demandé ». Quelle chance s’offrait à nous ! Quelques employeurs « sérieux » étaient à la recherche des perles rares que nous sommes ! C’est vrai quoi ! Quel employeur résisterait à tant d’intelligence, de personnalité, de dynamisme, d’humour et si peu de prétention ! ? Ah malheur ! À notre grande déception, nous nous sommes retrouvées face à des emplois pour lesquels les « compétences » exigées relevaient davantage de l’allure de notre « body » et de notre « sonorité » que de toutes nos autres qualités réunies. N’écoutant que notre rage et notre courage, nous avons décidé de téléphoner aux numéros contenus dans les annonces nous ayant le plus choquées. Nous avons donc changé de nom, d’âge et d’occupation pour enquêter plus à fond sur ces emplois douteux.
Notre première démarche fut donc de contacter le Studio Soleil qui demandait : « MASSEUSE avec expérience ou désir d’apprendre. » (Comme quoi nos petits doigts de fées peuvent servir à pétrir différents types de pâtes). C’est ainsi que Josée Martineau et Sylvie Tremblay (nous) ont contacté un chaleureux monsieur tout disposé à les rencontrer. Jamais trop prudentes (deux femmes averties valent bien un employeur même chaleureux), elles se sont informées discrètement du type d’entrevue qu’offrait le Studio Soleil. Ah misère ! Il fallait beaucoup plus que des doigts pour l’emploi. En effet, le chaleureux monsieur nous a dit qu’il allait devoir nous photographier pour le dossier et pour évaluer nos caractéristiques physiques. À noter que pour cet emploi la beauté du corps semblait avoir plus d’importance que nos connaissances dans le domaine du massage. Il nous a aussi dit que la clientèle était presqu’exclusivement composée d’hommes. Évidemment nous l’avions déjà deviné (vites les filles, hein ?). Le travail pouvait être effectué à la maison ou au studio, qui « malheureusement », n’était pas encore installé. Afin de passer pour des candidates sérieuses (ce que nous sommes pour d’autres types d’emplois) nous avons demandé une entrevue mais nous n’y sommes pas allées. On n’est pas fines hein ?
Fortes de cette première expérience, nous avons décidé de battre le fer pendant qu’il était chaud et de passer au second appel. Cette fois-ci on demandait : TÉLÉPHONISTE à temps plein ou à temps partiel pour appels « érotiques ». Quand même nerveuses (soyons honnêtes), quelques minutes de « pratique » furent nécessaires : tout d’un coup qu’il nous aurait demandé un échantillon de notre voix la plus sensuelle. Mais… tout ce travail n’a servi à rien car après plusieurs appels, ou ben c’était occupé, ou ben ça répondait pas. Notre dernier appel nous apprit qu’« il n’y avait plus de service au numéro que nous avions composé ». N’allez pas croire que le service d’appels « érotiques » venait de mourir de sa belle mort. En effet, quelques jours plus tard, la même Tribune faisait paraître une annonce offrant le service. De plus, on nous apprenait que le sex-shop de la rue Wellington Sud était dans le coup ! Quelle belle équipe ! On a donc déduit de ceci que l’employeur avait trouvé tout le personnel dont il avait besoin.
C’est donc avec déception que nous avons dû renoncer à fêter le premier mai en tant que travailleuses. Toutefois, il vaut mieux ne pas avoir d’emploi que d’avoir un emploi pour lequel notre corps ou notre voix sont plus importants que nos véritables qualités de travailleuses. En tout cas, c’est pas avec ce genre d’annonces que nous atteindrons le plein emploi. Un coup parti… pourquoi pas les afficher au centre de main-d’œuvre ? !




