La première richesse du Québec : les Québécois-e-s

13 juin 1986

Vous rappelez-vous des St-Jean de la fin des années ’70 ? On se sentait solidaire et on se saluait chaleureusement car dans le temps, être Québécois-es voulait dire beaucoup ! Cela voulait dire que nous étions différent-e-s de par notre langue, notre ‘culture et nos aspirations. Nous avions une vo­lonté de maîtriser notre avenir collectif et cette volonté de même que du travail soutenu, nous ont permis d’obtenir certains acquis : la loi visant à assurer la survie, de notre langue, la reconnaissance de notre culture et la consolidation d’un État québécois plus disposé à intervenir dans le domaine social.

Depuis quelques années, on sent une certaine désillusion au Québec. La Fête nationale est devenue une occasion supplémentaire de prendre une bière… beaucoup de bière. En effet, on ne rencontre plus cette complicité qui a alimenté notre Fête pendant longtemps. Nous pensons que le résultat du référendum est en partie responsable de la vague d’épuisement que l’on connaît présentement. On avait tellement présenté le projet de souveraineté-association comme LE PROJET NATIONAL qu’avec la réponse négative à ce dernier, les Québécois-es se sont retrouvé-e-s pour ainsi dire sans projet national.

C’est sans doute ce qui explique l’absence de réaction face aux reculs subis depuis : le Canada Bill qui a enlevé au Québec son statut spécial et qui a été adopté dans un climat des plus malsains, les oppositions que rencontre la loi 101 quant à l’affichage et quant à l’obligation pour les immigrant-e-s de fréquenter l’école francophone et l’invasion Américaine dans notre culture. Nous avons délaissé Vigneault pour écouter Mi­chael Jackson. Ces reculs se sont produits dans le contexte du virage politique qui a marqué le début des années ’80. Ce virage consistait en une remise en question des politiques sociales visant la redistribution plus équitable des richesses et en un retour aux « lois du marché ». Au nom du rendement, de l’effica­cité et de l’assainissement de l’économie, on a coupé drastiquement dans les services, on a gelé le salaire minimum depuis de trop nombreuses années et on a exalté les vertus de l’esprit d’entreprise.

Le thème de la Fête nationale 1986 est « le Québec, une économie à maîtriser ». Ce dernier pourrait sembler s’inscrire ,dans la foulée du virage politique amorcé. Cependant, nous pensons qu’il devrait plutôt signifier quelque chose qui favori­serait un meilleur développement économique au Québec. En effet, on ne peut sûrement pas blâmer un peuple qui veut maîtriser son économie, tout est dans la façon d’y arriver ! Nous croyons que le Québec atteindra cette maîtrise quand les déci­sions économiques favoriseront l’ensemble de la population et non plus une élite d’entrepreneur-e-s.

Nous croyons fermement qu’un projet national demeure d’une grande importance surtout avec les reculs que nous connaissons présentement. Nous vous invitons donc cette année à prendre une bière de moins mais une période de réflexion de plus afin que l’on puisse redéfinir ensemble nos espoirs natio­naux…

BONNE FÊTE

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