Comme l’indiquent déjà les travaux entrepris sur le plateau Marquette, le centre-ville de Sherbrooke va bientôt changer de visage. Plusieurs projets vont se concrétiser qui modifieront en profondeur l’image de la ville. Nous avons cherché à savoir quelle sera l’ampleur de ces travaux et à connaître la conception globale qui les inspire.
L’histoire se répète
Au mois de novembre 1984, le Conseil de ville a mis sur pied un Comité consultatif sur la revitalisation du centre-ville. Ce comité a reçu le mandat de réévaluer le premier plan directeur de revitalisation élaboré en 1974 afin de déterminer s’il est encore pertinent en 1986. La participation de la ville au programme provincial ReviCentre rendant nécessaire l’adoption d’un programme particulier d’urbanisme, il s’est vu aussi confier cette tâche. Le Comité s’est donc mis au travail et il a produit un document intitulé Plan particulier d’urbanisme du centre-ville de Sherbrooke, qui constitue à la fois une évaluation critique du premier plan et un programme pour les années à venir.
Que reste-t-il du premier plan ? D’abord, le signe extérieur le plus visible : l’installation d’une marquise sur la rue Wellington Nord, cet affreux toit vitré qui nous cache les bâtiments et le soleil. Puis, la réfection des rues King et Frontenac et, enfin, la vente d’un terrain au gouvernement provincial pour la construction d’un nouveau Palais de Justice. Ces changements devaient stimuler les investissements privés dans un centre-ville de plus en plus étranglé par la concurrence du Carrefour de l’Estrie. Cela ne s’est pas produit et le plan s’est transformé en programme d’immobilisations pour les gouvernements. Selon les auteurs du Plan, le programme de 1974 n’a jamais fait l’objet d’un consensus et c’est pourquoi il n’a pas été pleinement appuyé par les différents milieux concernés. Mais le contexte s’est modifié et avec lui les possibilités de transformation du centre-ville. Mais avant de les examiner, il convient de se pencher plus attentivement sur le portrait sociodémographique que trace pour nous le Comité consultatif.
Le centre-ville : portrait en bref
Déjà, en 1974, on faisait cette analyse du centre-ville : « …le centre-ville présentait le portrait classique d’un quartier central en perte de vitesse; émigration soutenue des résidents et surtout des ménages familiaux, population de locataires vieillissante et socio-économiquement faible et, enfin, marginalisation de la fonction résidentielle du quartier. »1
Les chiffres du recensement de 1981 tendent à confirmer ce diagnostic. Ainsi, 88 % des particuliers du centre-ville avaient — à cette époque — un revenu inférieur à 15 000 $ (74 % pour la ville); 43 % avaient un revenu se situant entre 2 000 $ et 6 000 $ (29 % pour la ville). Le nombre de résidents n’a cessé de diminuer depuis 1971 et il se situe aujourd’hui aux environs de 3 500 résidents. Au sein de cette population, le groupe d’âge 0-14 ans est sous-représenté (10 % pour le centre-ville, 18 % pour la ville) alors que celui des gens de 55 ans et plus est sur-représenté (35 % au centre-ville, 21 % pour la ville). Quant à la taille des ménages et à l’état matrimonial des résidents, le tableau qui accompagne cet article illustre clairement la tendance dominante : la proportion des personnes célibataires, divorcées, séparées ou veuves est forte et va en augmentant (cf. tableau 1).
De 1971 à 1985, le stock de logements au centre-ville a augmenté de 7.1 % et il s’établit aujourd’hui à 2 651 unités. Cette augmentation s’explique par l’apparition de quelques constructions en hauteur. Les coopératives contrôlent une partie importante de ce stock.
Le dossier économique
Les investissements commerciaux au centre-ville depuis 1974 s’élèvent à 6 460 000 $. De ce chiffre, le Marché des Grandes Fourches, réalisé en 1985-1986, représente 5 000 000 $. Le reste du montant se divise entre la conversion de United en galeries de boutiques, la conversion du rez-de-chaussée de l’édifice de La Tribune en commerces, le St-Hubert et le A et W. Les auteurs du Plan soulignent que le commerce de détail perd du terrain alors que le commerce de loisirs et la fonction de services prennent plus de place (cf. le tableau 2). Les commerces du centre-ville n’ont d’ailleurs pas un grand rayonnement s’il faut en croire une enquête sur le terrain du Service d’urbanisme qui rapporte que 74 % des gens interrogés sur les lieux proviennent d’un rayon de quatre kilomètres. D’ajouter les auteurs : « Le magasinage est le principal motif de déplacement (26 %) et en ordre décroissant d’importance, le divertissement (22 %), le travail (20 %), les services et la résidence, l’autobus, les études (14 %) ». La marche est le principal mode de déplacement. »2
Et, enfin, le Plan…
Certaines prévisions faites en 1974 se sont révélées erronées. La rue Wellington Sud, supposément sur son déclin tranquille, a vu se développer et prospérer les commerces de loisirs et de services (avec des résultats qui ne font pas l’unanimité, pour dire le moins). L’Hôtel de Ville que l’on croyait destiné à déménager sur le quadrilatère Marquette, va s’agrandir sur Wellington Nord et la désaffectation des chemins de fer et des cours de triage va libérer des territoires qui auront un potentiel de changement.
À Sherbrooke, comme dans plusieurs villes nord-américaines, les développements nouveaux du centre-ville tendent à une certaine pureté des usages. Aussi le Comité consultatif a-t-il décidé d’élaborer son plan à partir d’une idée centrale : le redéveloppement du centre-ville ne peut se faire qu’en fonction de pôles distincts. Par « pôles », il faut entendre la concentration d’un même type d’activités dans un territoire délimité. On espère qu’à partir du moment où cette concentration atteindra une masse critique, les « pôles » deviendront eux-mêmes attracteurs d’activités et générateurs de développement.
Le centre-ville de Sherbrooke est divisé en quatre « pôles » : le pôle administratif (quadrilatère Marquette); le pôle commercial (rues King et Wellington); le pôle institutionnel (la Cathédrale et les Séminaires) et le pôle résidentiel (entre les rues King et Galt). Chaque pôle n’est évidemment pas exclusif. Le Conseil de ville a déjà voté les règlements d’emprunt nécessaires et le gouvernement du Québec, avec une aide de 1 000 000 $ provenant du programme ReviCentre, participe au financement.
Comment réagissent les résidents du centre-ville à ces projets ? Quelles incidences auront-ils sur la structure du logement ? Entrée Libre se propose d’examiner ces problèmes dans un prochain numéro.
Références
- Plan particulier d’urbanisme du centre-ville
- 2.Ibid





