La revitalisation du centre-ville: Petite histoire des grands changements

16 mai 1986

Comme l’indiquent déjà les travaux entrepris sur le plateau Marquette, le centre-ville de Sherbrooke va bientôt changer de visage. Plu­sieurs projets vont se concrétiser qui modifieront en profondeur l’image de la ville. Nous avons cherché à savoir quelle sera l’am­pleur de ces travaux et à connaître la conception globale qui les ins­pire.

L’histoire se répète

Au mois de novembre 1984, le Conseil de ville a mis sur pied un Comité consultatif sur la revitali­sation du centre-ville. Ce comité a reçu le mandat de réévaluer le premier plan directeur de revitali­sation élaboré en 1974 afin de déterminer s’il est encore perti­nent en 1986. La participation de la ville au programme provincial ReviCentre rendant nécessaire l’adoption d’un programme par­ticulier d’urbanisme, il s’est vu aussi confier cette tâche. Le Comité s’est donc mis au travail et il a produit un document inti­tulé Plan particulier d’urba­nisme du centre-ville de Sher­brooke, qui constitue à la fois une évaluation critique du pre­mier plan et un programme pour les années à venir.

Que reste-t-il du premier plan ? D’abord, le signe extérieur le plus visible : l’installation d’une marquise sur la rue Wellington Nord, cet affreux toit vitré qui nous cache les bâtiments et le so­leil. Puis, la réfection des rues King et Frontenac et, enfin, la vente d’un terrain au gouverne­ment provincial pour la construc­tion d’un nouveau Palais de Jus­tice. Ces changements devaient stimuler les investissements privés dans un centre-ville de plus en plus étranglé par la concurrence du Carrefour de l’Estrie. Cela ne s’est pas produit et le plan s’est transformé en pro­gramme d’immobilisations pour les gouvernements. Selon les auteurs du Plan, le programme de 1974 n’a jamais fait l’objet d’un consensus et c’est pourquoi il n’a pas été pleinement appuyé par les différents milieux concernés. Mais le contexte s’est modifié et avec lui les possibilités de trans­formation du centre-ville. Mais avant de les examiner, il convient de se pencher plus attentivement sur le portrait socio­démographique que trace pour nous le Comité consultatif.

Le centre-ville : portrait en bref

Déjà, en 1974, on faisait cette analyse du centre-ville : « …le centre-ville pré­sentait le portrait classique d’un quartier central en perte de vitesse; émigration soutenue des résidents et surtout des ménages fami­liaux, population de loca­taires vieillissante et socio-économiquement faible et, enfin, marginalisation de la fonction résidentielle du quartier. »1

Les chiffres du recensement de 1981 tendent à confirmer ce dia­gnostic. Ainsi, 88 % des particu­liers du centre-ville avaient — à cette époque — un revenu infé­rieur à 15 000 $ (74 % pour la ville); 43 % avaient un revenu se situant entre 2 000 $ et 6 000 $ (29 % pour la ville). Le nombre de résidents n’a cessé de dimi­nuer depuis 1971 et il se situe aujourd’hui aux environs de 3 500 résidents. Au sein de cette population, le groupe d’âge 0-14 ans est sous-représenté (10 % pour le centre-ville, 18 % pour la ville) alors que celui des gens de 55 ans et plus est sur-représenté (35 % au centre-ville, 21 % pour la ville). Quant à la taille des mé­nages et à l’état matrimonial des résidents, le tableau qui accom­pagne cet article illustre claire­ment la tendance dominante : la proportion des personnes céliba­taires, divorcées, séparées ou veuves est forte et va en augmen­tant (cf. tableau 1).

De 1971 à 1985, le stock de logements au centre-ville a augmenté de 7.1 % et il s’établit aujourd’hui à 2 651 unités. Cette augmentation s’explique par l’apparition de quelques constructions en hauteur. Les coopératives contrôlent une par­tie importante de ce stock.

Le dossier économique

Les investissements commer­ciaux au centre-ville depuis 1974 s’élèvent à 6 460 000 $. De ce chiffre, le Marché des Grandes Fourches, réalisé en 1985-1986, représente 5 000 000 $. Le reste du montant se divise entre la conversion de United en galeries de boutiques, la conversion du rez-de-chaussée de l’édifice de La Tribune en commerces, le St-Hubert et le A et W. Les auteurs du Plan soulignent que le commerce de détail perd du ter­rain alors que le commerce de loisirs et la fonction de services prennent plus de place (cf. le ta­bleau 2). Les commerces du centre-ville n’ont d’ailleurs pas un grand rayonnement s’il faut en croire une enquête sur le terrain du Service d’urbanisme qui rap­porte que 74 % des gens inter­rogés sur les lieux proviennent d’un rayon de quatre kilomètres. D’ajouter les auteurs : « Le maga­sinage est le principal motif de déplacement (26 %) et en ordre décroissant d’importance, le di­vertissement (22 %), le travail (20 %), les services et la rési­dence, l’autobus, les études (14 %) ». La marche est le princi­pal mode de déplacement. »2

Et, enfin, le Plan…

Certaines prévisions faites en 1974 se sont révélées erronées. La rue Wellington Sud, supposément sur son déclin tranquille, a vu se développer et prospérer les commerces de loisirs et de ser­vices (avec des résultats qui ne font pas l’unanimité, pour dire le moins). L’Hôtel de Ville que l’on croyait destiné à déménager sur le quadrilatère Marquette, va s’a­grandir sur Wellington Nord et la désaffectation des chemins de fer et des cours de triage va libérer des territoires qui auront un po­tentiel de changement.

À Sherbrooke, comme dans plusieurs villes nord-américaines, les développements nouveaux du centre-ville tendent à une certaine pureté des usages. Aussi le Comité consultatif a-t-il décidé d’élaborer son plan à par­tir d’une idée centrale : le redéve­loppement du centre-ville ne peut se faire qu’en fonction de pôles distincts. Par « pôles », il faut en­tendre la concentration d’un même type d’activités dans un territoire délimité. On espère qu’à partir du moment où cette concentration atteindra une masse critique, les « pôles » de­viendront eux-mêmes attracteurs d’activités et générateurs de dé­veloppement.

Le centre-ville de Sherbrooke est divisé en quatre « pôles » : le pôle administratif (quadrilatère Marquette); le pôle commercial (rues King et Wellington); le pôle institutionnel (la Cathédrale et les Séminaires) et le pôle résidentiel (entre les rues King et Galt). Cha­que pôle n’est évidemment pas exclusif. Le Conseil de ville a déjà voté les règlements d’emprunt nécessaires et le gou­vernement du Québec, avec une aide de 1 000 000 $ provenant du programme ReviCentre, parti­cipe au financement.

Comment réagissent les rési­dents du centre-ville à ces pro­jets ? Quelles incidences auront-ils sur la structure du logement ? Entrée Libre se propose d’exami­ner ces problèmes dans un pro­chain numéro.

Références

  1. Plan particulier d’urbanisme du centre-ville
  2. 2.Ibid

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