À première vue, le nouveau Plan particulier d’urbanisme du centre-ville fait l’unanimité. Mais derrière la façade du consensus, il demeure des inquiétudes et des questions. Le Plan repose en partie sur l’idée que les secteurs résidentiel et commercial peuvent vivre ensemble au centre-ville, sans conflit majeur, ce qui reste à démontrer.
M. Henri Labonne, représentant des résident-e-s au sein du Comité consultatif qui a participé à l’élaboration du Plan, se dit satisfait du résultat obtenu, mais exprime son inquiétude quant à la réalisation des travaux projetés. L’urgent, selon lui, c’est de concrétiser la vocation résidentielle du centre-ville au sud de la rue King. Trois problèmes lui paraissent demander des mesures rapides : la circulation, l’éclairage des rues et la sécurité des résidents. Les rues Ball, Gillespie et Brooks sont encore trop achalandées par des camions qui n’ont pas d’affaire à s’y trouver, explique M. Labonne.
Les deux autres problèmes sont reliés au développement des nouveaux commerces de loisirs sur la rue Wellington Sud. M. Labonne rappelle qu’un grand nombre de personnes âgées habitent le quartier et que la clientèle qui fréquente la rue Wellington Sud les inquiète. Plusieurs résident-e-s préfèrent prendre l’autobus et se rendre aux Galeries Quatre Saisons plutôt que de magasiner au centre-ville. Il mentionne aussi les problèmes du bruit et du stationnement provoqués par la vie nocturne de la rue Wellington Sud.
Ces problèmes sont réels, reconnaissent MM. Guy Belhumeur (de la SIDAC*) et André Dufresne (de la Corporation du centre-ville), ils tiennent à la vocation récréative du centre-ville et, à ce titre, ils sont inévitables. Mais le Plan en tient compte et prévoit des modifications aux règlements de stationnement et l’installation de meilleurs systèmes d’éclairage sur les rues du secteur résidentiel. M. Pierre St-Cyr, urbaniste à la ville de Sherbrooke, tient les mêmes propos et ajoute que la présence de commerces jugés indésirables (les bars de danseuses nues par exemple) ne peut être interdite par la ville sans une guérilla judiciaire longue et coûteuse dont les résultats ne sont pas garantis. La ville pourrait peut-être les déloger de la rue Wellington Sud en se servant d’un règlement de zonage, mais cela ne ferait que déplacer le problème.
MM. Belhumeur et Dufresne insistent davantage sur le dynamisme du centre-ville, qu’ils attribuent justement à sa diversité, au mélange de boutiques de vente, de services et de commerces de loisirs. Bien sûr, les espaces de stationnement ne sont pas assez nombreux, mais c’est le lot de tous les centres-villes. La Corporation affirme avoir réglé une partie du problème en libérant les étages inférieurs des stationnements grâce à un règlement qui oblige les gens qui travaillent au centre-ville à stationner leur auto aux étages supérieurs. Selon eux, l’une des priorités du Plan se devait d’être l’établissement de liens entre les différents intervenants et entre les différents secteurs géographiques. C’est pourquoi la Corporation du centre-ville a intégré à son Conseil d’administration un représentant des résidents. Cela explique également l’importance accordée à des projets comme le lien piétonnier entre le plateau Marquette et le bas de la falaise.
Pour l’instant, il semble exister un équilibre délicat dans le jeu des intérêts des secteurs résidentiels et commerciaux et le Plan ne modifiera apparemment pas cet état de fait. Mais un plan ne peut pas tout prévoir et il est possible que la réalisation des projets inscrits dans le Plan provoque des effets imprévus qui nécessiteront de nouveaux arrangements.




