Secteurs résidentiel et commercial: Un équilibre instable

13 juin 1986

À première vue, le nouveau Plan particulier d’urba­nisme du centre-ville fait l’unanimité. Mais derrière la fa­çade du consensus, il demeure des inquiétudes et des questions. Le Plan repose en partie sur l’i­dée que les secteurs résidentiel et commercial peuvent vivre en­semble au centre-ville, sans conflit majeur, ce qui reste à dé­montrer.

M. Henri Labonne, représen­tant des résident-e-s au sein du Comité consultatif qui a participé à l’élaboration du Plan, se dit satisfait du résultat obtenu, mais exprime son inquiétude quant à la réalisation des travaux projetés. L’urgent, selon lui, c’est de concrétiser la vocation résiden­tielle du centre-ville au sud de la rue King. Trois problèmes lui pa­raissent demander des mesures rapides : la circulation, l’éclai­rage des rues et la sécurité des résidents. Les rues Ball, Gilles­pie et Brooks sont encore trop achalandées par des camions qui n’ont pas d’affaire à s’y trouver, explique M. Labonne.

Les deux autres problèmes sont reliés au développement des nouveaux commerces de loisirs sur la rue Wellington Sud. M. Labonne rappelle qu’un grand nombre de personnes âgées habi­tent le quartier et que la clientèle qui fréquente la rue Wellington Sud les inquiète. Plusieurs rési­dent-e-s préfèrent prendre l’auto­bus et se rendre aux Galeries Quatre Saisons plutôt que de ma­gasiner au centre-ville. Il men­tionne aussi les problèmes du bruit et du stationnement provo­qués par la vie nocturne de la rue Wellington Sud.

Ces problèmes sont réels, re­connaissent MM. Guy Belhu­meur (de la SIDAC*) et André Dufresne (de la Corporation du centre-ville), ils tiennent à la vo­cation récréative du centre-ville et, à ce titre, ils sont inévitables. Mais le Plan en tient compte et prévoit des modifications aux rè­glements de stationnement et l’installation de meilleurs sys­tèmes d’éclairage sur les rues du secteur résidentiel. M. Pierre St-Cyr, urbaniste à la ville de Sherbrooke, tient les mêmes propos et ajoute que la présence de commerces jugés indésirables (les bars de danseuses nues par exemple) ne peut être interdite par la ville sans une guérilla judi­ciaire longue et coûteuse dont les résultats ne sont pas garantis. La ville pourrait peut-être les délo­ger de la rue Wellington Sud en se servant d’un règlement de zo­nage, mais cela ne ferait que dé­placer le problème.

MM. Belhumeur et Dufresne insistent davantage sur le dyna­misme du centre-ville, qu’ils at­tribuent justement à sa diversité, au mélange de boutiques de vente, de services et de commerces de loisirs. Bien sûr, les espaces de stationnement ne sont pas assez nombreux, mais c’est le lot de tous les centres-villes. La Corporation affirme avoir réglé une partie du pro­blème en libérant les étages infé­rieurs des stationnements grâce à un règlement qui oblige les gens qui travaillent au centre-ville à stationner leur auto aux étages supérieurs. Selon eux, l’une des priorités du Plan se devait d’être l’établissement de liens entre les différents intervenants et entre les différents secteurs géographi­ques. C’est pourquoi la Corpora­tion du centre-ville a intégré à son Conseil d’administration un re­présentant des résidents. Cela ex­plique également l’importance accordée à des projets comme le lien piétonnier entre le plateau Marquette et le bas de la falaise.

Pour l’instant, il semble exis­ter un équilibre délicat dans le jeu des intérêts des secteurs résiden­tiels et commerciaux et le Plan ne modifiera apparemment pas cet état de fait. Mais un plan ne peut pas tout prévoir et il est possible que la réalisation des projets ins­crits dans le Plan provoque des effets imprévus qui nécessiteront de nouveaux arrangements.

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