Dans sa fureur de couper dans le budget provincial, le gouvernement Bourassa nous bombarde de chiffres alar­mants que les journaux repren­nent souvent sans poser de ques­tions : « Un trou de 500 millions dans le budget »; « Le déficit dé­passera 3 milliards ». Il ne fau­drait pourtant pas laisser le poids des statistiques écraser notre sens critique. Au contraire, la mé­fiance semble parfois s’imposer. Prenons l’exemple offert par les déclarations de M. Paul Gobeil, ministre délégué à l’Administra­tion et Président du Conseil du Trésor.

Lorsqu’il a déposé ses offres salariales pour la fonction publi­que, M. Gobeil a déclaré que les fonctionnaires du gouvernement gagnaient en moyenne 3 % de plus que les employés du secteur privé. Il sous-entendait du même coup que les premiers n’avaient pas à se plaindre et qu’ils de­vraient se contenter de l’augmen­tation salariale offerte par le gou­vernement. Évidemment, cette déclaration a fait les gros titres des journaux et la manchette du Téléjournal. Or, il semble main­tenant que M. Gobeil se soit trompé et nous ait trompés. Les chiffres de M. Gobeil étaient tirés d’une étude du Conseil du Trésor effectuée en 1982. Cette étude comparait les salaires de 43 postes dans les secteurs privé et public. Ce que n’a pas dit M. le ministre, c’est qu’il existe une étude plus récente qui contredit la première. Elle a été effectuée par le ministère du Travail du Qué­bec en 1985 et elle compare les salaires de 67 postes pour les deux secteurs pour conclure à une rémunération supérieure dans le secteur privé. Eh oui, cékomça !

Sans prétendre trancher le dé­bat, on peut s’interroger sur les raisons qui ont amené M. Gobeil à ignorer cette seconde étude, plus récente et plus étoffée. Dans les débats qui vont accompagner la déposition du budget le 30 avril prochain, il faudra se souvenir que les chiffres ne disent que ce qu’on leur fait dire et qu’ils ne doivent pas servir à masquer ce qui demeure un choix de société.

Partager :

facebook icontwitter iconfacebook icon