Une industrie qui fait son chemin

Vous êtes vous déjà arrêté (e) au contenu d’une page couverture ou d’un article dans un magazine destiné aux adolescentes ? Quand on considère que les préados constituent 2,4 millions d’individus au Canada1, il est primordial de garder un œil critique pour être capable de filtrer le contenu du flux d’informations qui s’avère plutôt précoce par rapport à l’âge ciblée. À première vue, ce phénomène semble banal. Cependant, de graves conséquences en ressortent dans le développement de nos adolescentes, surtout dans une sphère de leur vie où elles en sont encore à l’étape de la découverte et de l’exploration de leur sexualité. À la lueur de cette industrie médiatique, on en arrive à une problématique de plus en plus actuelle, à savoir, la sexualisation précoce des filles.

Pour donner un exemple de ce qui est présenté dans ces revues, pensez aux chanteuses populaires tel les Britney Spears, Christina Aguilera et Shakira : chandail bedaine, cheveux pla­tine décoiffés, jeans taille ultra basse, vêtements hyper ajustés faisant ressortir abondamment la poitrine. Telle est l’image de la norme actuelle présentée aux jeunes fil les, bombardées d’ informations et de publicités les invitant subtilement ou directement à s’y conformer et à devenir des cartes de mode à l’image de ces jeunes femmes. Les pub sont assez explicites sur LA marque à acheter ou LE style à adopter… sans compter qu’el­les peuvent être suggestives quant à l’attitude à adopter, souvent à objectivation sexuelle, si on choisit un tel look ! Vous n’avez qu’à regarder les vidéo-clips, sur­tout de style hip hop. dance ou musique commerciale qui sont présentés actuellement et vous saurez de quoi je parle ! Nos « adonaissantes » veulent adopter l’image de leurs stars préférées projetant ainsi celle de femmes fatales et sexy.

Le « power girl »

Ces ados s’identifient à ce modèle parce qu’il donne l’ illu­sion de posséder un contrôle et un pouvoir; c’est le girl power2Malheureusement, elles endossent un comporte­ment sans trop être conscien­tes du message indirect qu’el­les envoient. Ces magazines leur apprennent à mettre toute leur énergie sur image corpo­relle négligeant leurs aptitudes et talents naturels. Elles se font charmer. Elles semblent croire que cet idéal de beauté est pos­sible et très accessible, mais ce sont des stratégies utilisées pour faire ressortir leur besoin d’affirmation et leur quête d’identité. L’accent est mis sur la culture du rêve en renforçant les stéréotypes sexuels et en réduisant l’identité au simple fait de bien paraître. l’l est donc très facile pour elles de s’y accrocher.

Fausse réalité

La problématique réelle est le choix identitaire qu’elles adop­tent. En voulant coller à tout prix au modèle de leurs vedet­tes, les ados reproduisent des attitudes et des comportements non caractéristiques de leurs âges, jeu de séduction/sexua­lisation, etc. Elles ont tendance à oublier que cette représentation n’est pas la réalité vécue par la majorité (filles, jeunes femmes et même femmes). Cette fausse identité peut les amener à se centrer à un tel point sur des idéaux inaccessi­bles de beauté et de girl power qu’elles se retrouveront dans une situation de vulnérabilité; pourront se placer dans des conditions susceptibles de les blesser ou se retrouveront dans des situations d’abus de toutes sortes. Se contentant de la norme, elles n’analyseront pas toute l’ampleur de leur décision.

Manque de confiance en soi, dépréciation de soi, dévalorisation par les autres, perte d’estime de soi, fixation sur les relations amoureuses, dépendance affective : voilà des aspects auxquels elles seront probablement confrontées. Il faut se poser de sérieuses questions sur l’ampleur de ce phénomène. Est-ce que les adultes (éducateurs et pa­rents) acquiescent à cet en­gouement ? En sont-ils infor­més ou sensibilisés suffisam­ment ? Si oui, en ont-ils pesé le pour et le contre ? Devant leur vulnérabilité face à la consom­mation, ces jeunes, garçons et Ales, doivent être protégés devant ces industries de niasse qui ne recherchent que le profit sans se soucier des torts qu’elles leur causent. Je crois qu’il faut opter pour la sensibi­lisation, l’éducation et, en plus, les outiller convenablement pour qu’ils puissent faire des choix judicieux, éclairés et surtout en toute liberté.

 

1 et 2 : Synthèse de la recherche de Pierrette Bouchard et Natacha Bouchard : Miroir, miroir ! La précocité provoquée de l’adoles­cence et ses effets sur la vulnéra­bilité des filles, 2003

 

 

 

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