L’argent qui n’existe pas

16 mai 1986

La dette du Tiers-Monde a atteint des proportions gigantesques; chaque fois qu’on en parle, on la présente comme le monstre qui hante le Nord. Qu’en est-il de cette affir­mation ? Elle est vraie… mais en partie seulement. En réalité, ces états du Sud n’ont jamais reçu au­tant d’argent comptant. Par contre, ils le doivent !

Miracle ? Non. Simplement, il y a des formes de prêts qui ne sont pas autre chose que des ventes voilées : « Je vous prête de quoi acheter mon auto et, par la suite, vous me rembourserez avec in­térêts bien sûr ! Tout cela, sans avoir à sortir un seul sou noir de mes coffres. Vilaine manière de vendre au Sud les surplus indus­triels du Nord, en leur faisant croire que ça servira à leur épa­nouissement économique.

Ce petit manège a pour consé­quence de générer des intérêts sur des sommes d’argent que le Sud n’a jamais eues en main. Voilà une partie de l’argent qui n’existe pas ! L’autre manœuvre qui produit de l’argent fictif qu’on ap­pelle l’intérêt, c’est le rééchelon­nement de la dette extérieure de ces pays qui, en 1985, a été de l’ordre de 110 milliards de dol­lars.

Les illusionnistes de la haute finance ont créé, jusqu’à nos jours, toutes sortes de plans (le plan Marshall et, plus récem­ment, le plan Baker) pour faire miroiter aux pays du Tiers-Monde un développement qui ne viendra jamais, surtout pas de cette façon-là, car ces sommes inexistantes ne contribuent qu’à rendre les peuples pauvres de plus en plus pauvres et dépen­dants des grands vautours améri­cains et européens.

Bref tableau qui nous fait voir de quelle manière les états prê­teurs continueront à s’enrichir au cours des années à venir puisque les pays du Tiers-Monde n’ont pas le pouvoir économique pour se sortir du gouffre. Tout au plus, ils paieront les intérêts en em­pruntant encore aux banques qui seront peut-être heureuses de le faire car elles en sortiront encore gagnantes. Cette manipulation de chiffres, et non d’argent liquide, est digne des plus célèbres presti­digitateurs !

Le Tiers-Monde se retrouve aujourd’hui aussi misérable qu’a­vant, mais avec une dette écrasante qu’il ne sera jamais en me­sure de payer. Ce qui le place au rang d’esclave moderne du Nord !!!

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