Le Côté obscur de la Dame Blanche

1 février 2007

Coup d’État militaire au Chili

El Pueblo unido jamàs sera vencido1

 

Ce documentaire de l’ONF nous présente l’histoire d’opposants au coup d’État de Pinochet, le 11 septembre 1973, au Chili, qui ont été détenus et torturés sur la Dame Blanche, un splendide navire de la Marine qui, encore aujourd’hui, fait la fierté du peuple chilien. Réalisé par Patricio Henriquez, le film nous fait voir à quelques reprises la fracture sociale existant dans ce pays. Par exemple, lors d’une cérémonie en l’honneur de la Dame Blanche, accueillie par une foule enthou­siaste, une poignée de manifestants, dénonçant la torture vécue à bord du célèbre bateau, se font rabrouer par certaines personnes hostiles envers ces « communistes » rancuniers…

Plusieurs témoignages de ces gens retenus prisonniers et tor­turés pour leur opposition au coup d’État nous sont racontés. Entre autres, un professeur et une femme dont le frère religieux est mystérieusement disparu après son passage sur le somptueux bateau. L’histoire de cette der­nière qui, avec son mari, fait sa propre enquête pour savoir ce qui s’est réellement passé, occupe la partie centrale du film. La Marine, de même que les hauts dirigeants politiques, ont long­temps niés qu’il y avait eu de la torture à bord de la Dame Blanche, qui semble devoir demeu­rer i m maculée…

Des dirigeants muets

Les nombreuses démarches des victimes n’ont pas tellement fait avancer les choses. On refuse d’ouvrir une enquête sur les meurtriers du frère religieux. Les manifestants ont eu recours aux médias pour faire en sorte d’avoir un peu d’attention du pouvoir en place. Les questions sont sou­levées mais les dirigeants refu­sent d’ouvrir les registres concer­nant ces sinistres événements.

Le film emprunte parfois des détours en suivant ses person­nages dans des événements de leur vie. On aurait gagné à res­serrer le montage, en coupant certaines scènes. De même, une mise en contexte des événements aurait été appréciée, question d’éclairer la lanterne du specta­teur peu familier avec cette période. Reste un beau témoi­gnage sur la nécessité de com­battre l’impunité de ces marins et soldats qui ont participé au coup d’État de 1973. Le tra­vail de mémoire a commencé ces dernières années, notamment avec le Rapport Valech sur la torture, évoqué dans le film. Mais il reste encore des zones grises dont l’histoire de la Dame Blanche fait partie. Notons au passage que le film était pré­senté par deux membres d’Am­nistie Internationale, qui ont invité les spectateurs à signer deux pétitions après le film. L’une réclamait la fermeture de la base de Guantanamo, l’autre demandait que l’on poursuive les responsables de torture sous la dictature de Pinochet.

  1. Le peuple uni ne sera jamais vaincu C’est le titre d’une chanson politique qui est devenu, depuis le coup d’État de Pinochet au Chili, un hymne sym­bolisant la résistance à la dictature.

 

 

 

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