Le Trouble (1)

1 mars 2006

Bien fin celui ou celle qui peut prédire à quoi ressemblera le futur. Jouons donc aux fins finauds, voulez-vous ?

Tout d’abord, avouons que notre diagnostic est tout à fait alar­miste. C’est qu’on ne peut ignorer le facteur d’accélération de certains phénomènes. En premier lieu, il y a la population qui, on le sait depuis Malthus’, augmente dans des proportions autrement plus géométriques que les ressources de cette terre. On aime bien oublier cette réalité. Or, cette réalité nous rattrape.

L’énergie, avant la nourriture, est la première denrée affectée par une trop grande demande. 11 est rare que nos téléjournaux fassent le point sur les réserves pétrolières mondiales. Or, le tableau ressemble à peu près à ceci : bien que la production ait augmenté après les chocs pétro­liers des années 1970, les réserves s’épuisent. Rapidement.

Kunstler, dans La fin du pétrole (Pion 2005), affirme (comme d’autres) que le sommet de production mondiale a déjà été atteint et que, la consommation s’accélérant, il ne reste du pétrole que pour à peine 35 ans. Et, chers hippies, oubliez l’éolien ou le solaire, ils ne nous permettront jamais de remplacer l’énergie fossile à bon marché. Pour l’hydrogène, on est loin de la coupe aux lèvres. Le nucléaire sera probablement le dernier retranchement de notre civili­sation productiviste. Cheers everybody !

Trente-cinq ans, ce n’est qu’une statistique bien sûr. Ça ne veut évidemment pas dire qu’il nous reste 35 ans de bon temps.

Cela dit, pour le bon temps, on repassera. Vous ne trouvez pas que, depuis 2000, nous sommes entrés justement dans ce nouveau monde ? Cliché en sus, il est vrai qu’une grande puissance qui prend possession frauduleuse­ment de la deuxième réserve de pétrole au monde, ce n’est pas banal. Il est aussi inquiétant de voir que celle-ci, avant de tenter son coup fumant, s’est premiè­rement enfoncée jusqu’aux li­mites de la tolérance chinoise et russe, en Asie centrale pour pomper le pétrole à même la mer Caspienne. Qui pensent id que les Chinois, les Russes, les Européens et les Américains se partageront pacifiquement les quelques gouttes de pétrole qui reste ?

La crise énergétique, cela dit, en est une de consommation avant d’en être une d’approvi­sionnement. Autrement dit, il ne suffit pas de changer de sources d’énergie et de repartir la machine. Plus de pétrole ? Pas grave, y nous reste les marées, le vent et le soleil, on devrait pouvoir faire quelque chose avec ça, non ? Or, les combustibles fossiles ont permis à l’homme de développer et de faire fonctionner des systèmes éminemment com­plexes, à une échelle gigantes­que. Ce sont ces systèmes qui sont appelés à disparaître.

Du trouble au carré

D’ici dix ans donc, et peut-être avant, le monde sera confronté à une crise énergétique sans précé­dent qui provoquera des crises internes et externes, économi­ques autant que sociales, qui, si elles ne sont pas prévues immé­diatement et gérées, en temps et lieu, intelligemment, c’est le trouble au carré qui nous attend.

(1) 1869 : Doctrine qui préconisait !a limita­tion des naissances par la contrainte morale

 

 

 

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