Solidarité, égalité, etc.
Un autre mouvement de gauche affiche ses couleurs au Québec depuis maintenant quelques mois. Françoise David plonge… et oublie ses flotteurs.
Eh oui, Mme David voudrait fonder un nouveau parti rassembleur de la gauche, au Québec. « Voudrait » parce que, qu’on se le dise, Option citoyenne n’est pas un parti et le livre de Mme David, Bien commun recherché, n’est pas un programme de parti. Le mouvement souhaite seulement recruter de nouveaux membres et inciter ceux-ci à participer à une rencontre en novembre où des « principes généraux » seront adoptés. C’est dans le cadre d’une tournée estivale du parti en devenir que ENTRÉE LIBRE a assisté à une conférence de Françoise David et François Saillant.
Dans la paix et l’harmonie
C’est sereinement que les fondateurs du mouvement voudraient voir se dérouler une fusion entre Option Citoyenne, l’Union des forces progressistes (UFP) et le Parti Vert. Ce dernier a déjà décliné l’offre tandis que l’UFP cherche ses mots. Il faut dire que, d’entrée de jeu, dans son livre, Mme David déclenche quelques flèches à l’UFP : leur plate-forme manquerait de fil conducteur et d’une orientation claire. Et vlan ! Par ailleurs, sans donner de détails, Mme David affirme que le langage et le discours de l’UFP sont « parfois rébarbatifs ». Et, les femmes au sein du parti ne lui semblent pas faire montre d’assez de leadership. Sont-ce là des raisons suffisantes pour faire grincer des dents pratiquement tous les partisans de la gauche au Québec qui s’étaient déjà retroussés les manches pour unir un mouvement disparate ? Peut-être, mais encore faudrait-il que les idées soient rassembleuses… et réfléchies.
On criera peut-être à l’injustice si nous tentons de critiquer ici quelques passages de Bien commun recherché. Certes, le livre n’est pas un aboutissement, c’est un début, on ne cesse de le répéter, mais un début ô combien fragile. Les figures de style y tiennent souvent lieu d’arguments, comme due le titre d’un chapitre : Un Québec tricoté Tousse, c’est mieux ! C’est bien mais on n’y parle que d’accélérer l’entrée des immigrants éduqués. On ne parle pas des réfugiés qui pourraient être sous notre responsabilité si nous en venions à voter pour un pays. La question nationale est étalement escamotée avec des questions fanfaronnes comme : À quoi ça servirait d’avoir un pays souverain si nous donnons tout notre pouvoir aux transnationales ?
Lors de la soirée-conférence, cet été, la question était brûlante pour la plupart des intervenants. La majorité des questions adressées aux conférenciers concernait la position de Option Citoyenne sur la souveraineté. Avouant clairement qu’ils étaient indépendantistes, ils n’ont cependant pas pu clore le débat en parlant franchement et en faisant preuve de… leadership. Et personne n’a relevé que rien, mais alors là, absolument rien, ne nous obligeait à baiser à pleine bouche la main des transnationales. L’indépendance ne serait-elle pas justement un moyen de renégocier notre position dans le marché international ?
Par ailleurs, Mme David a avoué franchement qu’au plan de la réflexion sur des problématiques économiques, « de gros nœuds » se présentaient. Croirait-elle, à l’instar de André Pratte, éditorialiste à La Presse, qu’un État omniprésent et une fiscalité plus lourde (pour les riches) est une « recette » qui ne fonctionne pas (L’utopie de Mme David, 21 mai 2004).
Pourtant, une économie basée sur des principes de protection de l’environnement (un autre sujet difficile semble-t-il) et même sur des technologies nous permettant de mieux respecter ces principes serait très viable. Il est possible de mettre sur pied une véritable stratégie industrielle orientée ou non vers l’exportation qui serait en accord avec des lois « vertes » tout à fait respectables.
Proportionnelle
La réforme électorale est un autre sujet qu’on n’aurait jamais crû que Mme David pourrait éviter. Elle vit en effet avec ce complexe Nader (leader de gauche américain) qui lui fait croire qu’elle sera celle qui mènera à la division du vote de gauche, où s’alimente le Parti québécois, pour permettre au Parti libéral de se faufiler pour l’éternité. Encore là, elle ne sait quoi répondre, sinon qu’il vaudrait mieux parler d’autres choses et qu’un jour viendra où nous discuterons de tous ces sujets. Il y aura donc de la place pour des discussions stratégiques… Voilà qui n’est pas très rassurant. Pourquoi plutôt ne pas rappeler que le gouvernement Charest s’est engagé à adopter une forme de vote proportionnel d’ici la fin de son mandat et qu’il ne saurait s’en tirer avec une promesse non tenue. Pourquoi ne pas faire de cet enjeu le premier combat rassembleur pour Option citoyenne ? Dans la perspective d’une telle réforme, il est évident que le mouvement de Mme David est d’un grand intérêt. Mais il lui faudra autre chose que de beaux mots que d’ailleurs, même sa fondatrice se lasse de prononcer, comme lorsqu’elle abrégeait ses élans oratoires en parlant de Option citoyenne comme du « parti de la solidarité, l’égalité, etc. »




