L’école catholique : avancer en arrière

18 août 1986

La société québécoise change plus rapidement que son système scolaire. Le Québec traditionnel, homo­gène, catholique a connu une évolution rapide depuis le début des années 60 et est devenu une société pluraliste. Pourtant notre système scolaire demeure tou­jours confessionnel (catholique et protestant).

Tentative de réformes…

Dès le début des années 60 le rapport Parent soulève la nécessité de développer un réseau sco­laire neutre. Ce réseau en 1986 se fait toujours attendre.

Plusieurs projets de réformes ont été élaborés mais peu de ré­sultats ont été obtenus. Pour ne citer que les plus récentes dé­marches, 1978 : publication d’un livre vert qui est suivi d’une vaste consultation. Tout le système scolaire est remis en question, y compris la confessionnalité sco­laire. Ces démarches sont suivies de la publication d’un livre orange, du projet de loi 40 puis de la loi 3.

Les commissions scolaires confessionnelles sont remplacées par des commissions scolaires linguistiques. L’église catholi­que ne manifeste pas d’opposi­tion sauf certains croyants plus traditionnalistes. Les change­ments n’ont finalement pu se réa­liser.

En effet en juin 85 les partisans de l’école confessionnelle ob­tiennent un jugement de la cour supérieure qui vient mettre un frein à la réforme proposée.

Que reste-t-il de ces tentatives ?

Bien peu de choses si ce n’est que depuis septembre 85 tous les parents doivent choisir entre l’en­seignement religieux et l’ensei­gnement moral pour leurs en­fants.

La société change

Le nombre de catholiques di­minue, de 92 % qu’ils étaient du­rant les années 70, ils passent à 88 % en 1981 et à 86 % en 1986.

La pratique religieuse hebdo­madaire diminue elle aussi. Elle est passée de 32,9 % en 1981 à 29,6 % en juin de la même année.

Le nombre d’élèves suivant les cours d’enseignement moral augmente sans cesse. Le pour­centage est passé de 2 % en 1981 à 13 % en 1985.

Le taux de natalité au Québec est très bas. L’augmentation de la population est due à l’arrivée de nombreux immigrants qui ne sont pas nécessairement catholiques. En 1990 les membres de commu­nautés culturelles autres que les Québécois francophones repré­senteront 50 % de la clientèle francophone de la Commission des écoles catholiques de Mon­tréal. Ce 50 % proviendra de 80 ethnies différentes… Combien de religions différentes seront re­présentées ?

La société québécoise est de plus en plus pluraliste, ces diffé­rences doivent être respectées.

L’école doit changer…

L’école est financée par tous les contribuables du Québec. L’État ne peut évidemment ré­pondre aux attentes de tous les groupes de croyants.

L’école est un service public qui doit respecter le pluralisme existant dans notre société. L’é­cole a une mission éducative qui n’est pas d’ imposer à nom d’une majorité des valeurs religieuses. Elle doit fournir une égale qualité d’enseignement pour tous et ga­rantir le droit à la liberté de conscience pour tous.

Le système scolaire devrait vé­hiculer des valeurs sociales (res­pect, justice, discipline, etc.) et des valeurs individuelles asso­ciées au dépassement et à la réus­site.

La responsabilité de trans­mettre une foi relève des parents et des communautés de croyants et non pas à l’école.

À chacun ses responsabilités.

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