Les femmes dans la toponymie sherbrookoise

26 février 2026

Mon histoire en toponymie sherbrookoise

J’ai été nommé sur le Comité de toponymie de la Ville dirigé par Roger Labrecque en mars 2010. J’y ai passé quatre ans avec d’autres membres citoyens et nos experts MM. Jean-Marie Dubois et Gérard Coté (notez l’absence d’accent circonflexe) qui y sont tous deux depuis plus de 35 ans. Ce sont ces experts qui recevaient les propositions de noms et faisaient les recherches adéquates pour préparer les fiches toponymiques.

De mon côté, je me suis donné le mandat de vérifier les erreurs dans les plans, les procès-verbaux et sur le terrain. Par exemple, j’avais découvert près de 250 fautes dans les seuls toponymes du Règlement général N° 1.

Il n’y avait pas à l’époque de préoccupation concernant la présence des femmes dans la toponymie ce qui fait qu’on nommait environ deux fois plus de toponymes proposés pour des hommes. D’après mes données, avant 2010, le rapport était d’environ huit contre un. Il faut en conclure que la toponymie n’est que le reflet de la société qui a toujours invisibilisé les femmes dans l’histoire.

En 2014, le Comité a été « restructuré » et Mme Dauphinais l’a pris en charge. Malgré ce qu’elle a déjà affirmé, sous sa gouverne, le nombre de femmes n’a jamais dépassé celui des hommes: au mieux, en 2016, il y a eu 10 hommes pour 9 femmes.

La proposition Beaudin sous Lussier

Pour rééquilibrer les toponymes, il suffisait de nommer au moins autant de noms de femmes que d’hommes à chaque résolution sur le sujet. Après plusieurs dissidences, il a fallu attendre 2019 pour avoir un compte égal  : 7 à 7. Ce qui ne rachète pas le décompte de 19 à seulement 3 pour 2018. Pour les quatre ans, on a  : 29 contre 11. Comme avant.

En mai 2019, on a fait appel à l’ex-directeur général de la Société d’histoire pour vilipender « la pas fine » (je cite le résumé de la Ville)  : « la conseillère Beaudin diffuse de l’information tendancieuse en indiquant qu’elle laisse croire que les comités de toponymie ne font pas suffisamment d’efforts pour nommer des femmes comme toponyme » dans un pamphlet.

J’ai eu accès audit pamphlet, il y est écrit (je cite)  : « J’ai voté contre des listes de toponymes qui ne contenaient pas de noms de femmes. Je considère que les femmes méritent elles aussi d’être honorées par des noms de bâtiments ou de rues. » Pas de référence à un comité ; ni à l’effort ; même pas le mot homme.

Nouvelle Politique de désignation toponymique sous Beaudin

L’opposition s’est braquée, a interprété qu’il n’y aurait plus de noms d’hommes « pantoute », « les hommes méritent aussi d’être honorés… » et blablabla.

Fadaises du patriarcat. Sur les cinq membres qui s’opposaient à la politique, quatre ne siègent plus au Conseil municipal.

Dans le dernier mandat, il y a eu plus de noms de femmes ajoutés à la toponymie sherbrookoise que de noms d’hommes. Une seule dissidence sur un nom d’homme de la mairesse Beaudin.

Honorées et invisibilisées

Dans le passé, des femmes étaient honorées par leur nom de femme mariée. Par exemple, Claire Jolicoeur était née Rouleau. Au moins, on garde son prénom et c’est le nom sous lequel elle était connue professionnelement.

Mais qu’en-t-il des femmes honorées par le seul nom de famille de leur mari ou leur nom de religieuse. Exemple, la rue Gamelin pour Émilie Gamelin, née Tavernier ou la rue d’Auray pour Philomène Bingle connue sous le nom de mère Sainte-Anne-d’Auray.

Que restera-t-il de Claire, Émilie ou Philomène dans 100 ans  : honorées ou invisibilisées ?

 

 

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