La démocratie au Pérou, et ailleurs
Le taux d’approbation des citoyens envers leur gouvernement peut influencer ce dernier dans ses décisions. Un taux trop bas peut mettre en péril sa réélection et souvent les tirs doivent être corrigés. Ainsi, en septembre dernier, la firme Léger Marketing publiait les données suivantes, mesurant le taux d’approbation de la population québécoise envers ses principaux chefs politiques : Mario Dumont 68 %, Pauline Marois 60 %, Jean Charest 37 %. Ce dernier a donc dû travailler durant les derniers mois à « rafraîchir » son image. Qu’en est-il si ce pourcentage tombe dans un véritable bas fond ? Pis encore, qu’en est-il lorsque tout le système est remis en question ?
Au Pérou, la réalité est préoccupante. Les chiffres portant sur l’approbation des Péruviens, non pas tant envers leur président qu’envers le concept même de la « démocratie », sont alarmants. Un très mince 17 % de la population se dit « favorable » à la démocratie. Le calcul inverse est simple, 83 % de la population est insatisfaite ou ne croit pas en ce modèle politique. Le Pérou se situe ainsi donc à l’avant dernier rang de tous les pays latinos sur cette question. D’autres chiffres laissent place à l’inquiétude : plus de la moitié des Péruviens n’a pas confiance en la police et 85 % ne croit pas au système judiciaire. Avec de telles données, il n’est pas farfelu d’être inquiet de la stabilité du pays.
Historiquement, le pays a connu les régimes militaires dans les années 1960 et 1970. Puis, survint un fiasco économique à la fin des années 1980, avec alors aux commandes Garcia, un président élu démocratiquement. Portrait du fiasco : un taux d’inflation qui atteint 7650 % en 1990 ! Fujimori reprend les rênes du pays. Considéré comme dictateur, il est actuellement en procès pour crimes contre l’humanité. Le retour à la démocratie amène l’impopulaire Toledo en 2001, puis Garcia est de nouveau à la tête du pays depuis près d’un an.
L’adhésion à un modèle politique : une culture empirique
Le Pérou est un pays en voie de développement. La première préoccupation d’une population en voie de développement est de survivre.« Avant d’invoquer des valeurs, de défendre des libertés et d’exercer sa citoyenneté, la population veut du travail, et de l’ordre »1. Telle est la réalité. Et si le Pérou se trouve 20 % sous la moyenne des pays latinos en terme d’adhésion à la démocratie, c’est que pour ce pays, d’autres modèles l’ont davantage servi.
Fujimori est bel et bien en procès pour crimes contre l’humanité. Mais pour une frange importante de Péruviens, la dictature de Fujimori a donné au Pérou des routes asphaltées, de l’eau potable et courante dans les zones défavorisées, une bonification substantielle du système d’éducation et — d’une manière légitimement contestable et contestée — amis fin à des années de guerres internes en déroutant le Sentier Lumineux. La question est d’actualité au Pérou : le système démocratique tel que vécu dans la réalité quotidienne prévaut-il sur un régime autocratique qui améliore les conditions économiques des classes pauvres et moyennes ?
La solution doit passer par les fondements de la démocratie
Le monde entier peut poser un regard sur la situation du Pérou depuis l’extradition de Fujimori du Chili, où il était incarcéré, et sur le début de son procès, mais le pronostic doit être émis avec circonspection, car la situation est complexe. Le fonctionnement précaire de la démocratie péruvienne est à la base de son impopularité. Les institutions étatiques, dont le rôle est de promouvoir et défendre le système, sont corrompues. Sous cette bannière, les Péruviens ne se sentent aucunement représentés. C’est alors qu’un travail incessant doit être mis en place, afin de rapprocher le politique de l’essence même de la démocratie : justice et liberté, représentation et égalité. L’appropriation du politique par les citoyens est un travail qui dépasse les frontières péruviennes et est une préoccupation tout aussi de mise au Québec…
- Fernando de la Flor A, Le Monde diplomatique edición peruana, décembre 2007, p.10




