En Afghanistan
Des révélations inquiétantes concernant le conflit en Afghanistan ont été dévoilées plus ou moins timidement dans les médias d’information au cours des derniers mois. On se rappellera la reddition des 8000 talibans livrés à l’Alliance du Nord en novembre 2001. Une faible proportion (470 talibans au total) a été conduite à la forteresse de Qala-e-Jangi où les talibans se sont soulevés. De ce nombre, moins de cent ont survécu, abattus par les forces de l’Alliance et les militaires américains et britanniques. Ces faits sont connus. Mais où sont donc passés les quelque 7500 autres talibans ?
Un documentaire britannique a révélé que des soldats américains et membres de l’Alliance du Nord auraient dépassé leur mandat en utilisant la force contre ces talibans, conduits eux dans la forteresse de Qala-e-Zeini, pour ensuite être transportés en conteneurs vers une prison à deux heures de route de là. C’est à ce moment que des épisodes peu glorieux ont eu lieu. En effet, d’après les témoignages recueillis par Jaillie Doran, ex-journaliste à la BBC et auteur du documentaire, on avance le chiffre de 4000 talibans entassés à 300 par conteneurs, qui auraient péri avant d’arriver à la prison. Les chauffeurs étaient bien conscients de ces problèmes puisqu’on leur ordonnait même de tirer au rnoindre cri en provenance de ces conteneurs surpeuplés. Du sang coulant des conteneurs était visible, d’après un chauffeur de taxi venu faire le plein près de cette prison.
Les officiers américains, une fois rendus sur place, ont tenté de camoufler les preuves les chauffeurs ont reçu pour ordre de transporter « les cadavres et les mourants dans le désert, puis de se débarrasser des conteneurs afin qu’ils ne soient pas repérés par satellite »1. Deux de ces chauffeurs rencontrés par Doran, lui ont montré l’emplacement des cadavres où le journaliste a pu filmer des ossements humains et des vêtements. Il a affirmé qu’il semblait bien y avoir une fosse commune.
Des actes de tortures auraient également été perpétrés par des Américains dans la prison: « Ils leur ont coupé la barbe, la langue, les jambes, ils leur ont versé de l’acide sur la tête »2, selon un afghan témoin de ces scènes d’horreur. Ce documentaire, projeté à une réunion des députés de la Gauche unitaire européenne (GUE, communiste), a soulevé la question d’une enquête qui a été proposée au Parlement européen. Le président de la GUE a annoncé clairement que son groupe n’est pas animé par un «anti-américanisme» primaire ou une idéologie pro-taliban. Bien sûr, les principaux intéressés ne reconnaissent pas ces accusations, qui sont «infondés» d’après le Pentagone.
TPI, connaît pas…
Quelques mois plus tard, les développements sont encore à suivre dans cette histoire pour le moins mystérieuse. Un an après la victoire triomphante de l’Alliance du Nord (rappelez-vous les images des populations libérées du joug taliban, courant et dansant dans les rues, écoutant de la musique, les hommes se faisant joyeusement raser la barbe, etc.), les méthodes supposément employées par ces derniers et les soldats américains ressemblent beaucoup à ce qu’on a déjà vu dans le cas de la guerre de Bosnie (le charnier de Srebrenica), entre autres.
De pareils débordements mûs par la vengeance sont évidemment inacceptables aux yeux du droit international comme d’un simple point de vue humanitaire. Les États-Unis avaient pour mandat d’arrêter les prisonniers; servir aux talibans leur propre médecine, sous prétexte que ces derniers ont martyrisé la population afghane ne faisait pas partie de leur mission.
Il ne suffit que de quelques esprits fiévreux pour entraîner les autres dans des actes barbares de ce genre, et comme on le sait, en temps de guerre certains croient pouvoir tout se permettre impunément. Ce qui est justement dommage, c’est que les responsables de ces crimes de guerre risquent de ne jamais avoir à répondre de leurs actes. D’autant plus que le rapport de force est inégal il s’agit des États-Unis, pays qui a regroupé autour de lui la coalition qui a déclenché la guerre aux talibans le 7 octobre 2001, à la suite des attentats que l’on sait… Nous espérons quand même qu’il y aura bel et bien une enquête et que si tel est le cas, que les résultats seront rendus publics de manière à éclaircir cette situation pour le moins encombrante pour l’état-major américain.
- RIVAIS, Rafaele (Le Monde). «Un documentaire britannique accuse les vainqueurs de crime de guerre», IN Le Devoir, 14 juin 2002,
- Ibidem




