Concentration, monopolisation
Au lendemain du dépôt du premier rapport Gomery sur le scandale des commandites, la surexposition médiatique a atteint son apogée. Pour la seule journée du 2 novembre, le quotidien La Presse a consacré 41 articles à son traitement. Pour cette même journée, l’ensemble des médias québécois ont accordé 18,3 % de leur espace ou de leur temps d’antenne à ce dossier. Selon la firme Influence communication, qui scrute les publications des médias de façon quotidienne, il s’agit d’un record inégalé depuis novembre 2001, date du début des bombardements des États-Unis contre l’Afghanistan ; l’ancien record, détenu par la couverture du début des hostilités en Irak en 2003, s’était emparé de 15,1 % du contenu médiatique. Par ailleurs, la nomination du pape Benoît XVI le 25 avril 2005 avait atteint un poids média de 11,3 %.
La tendance se maintient
De façon générale, une nouvelle d’importance majeure accapare moins de 5 % du contenu médiatique. Même une semaine après la publication du rapport Gomery, son poids média était encore supérieur à celui d’une nouvelle de haute importance, atteignant un sommet de 8,43 %. Plus largement, depuis 2002, le scandale des commandites a fait couler beaucoup d’encre ; ainsi « entre 2002 et 2005, [excluant la journée du 2 novembre], il s’est écrit, sur le sujet, 10 954 articles de journaux au Québec et 44 872 articles ailleurs au Canada ». Sur le marché canadien, 5 % de l’ensemble des nouvelles publiées sur Internet dans les premières 24 heures après la sortie du rapport Gomery a été consacré à ce dossier. Finalement, on remarque que d’autres événements ont également connu leur part de succès au cours des dernières semaines. Par exemple, dans la semaine du 8 novembre, la course à la direction du Parti québécois a accaparé 4,17 % de l’espace médiatique et les élections municipales simultanées dans l’ensemble du Québec, 2,16 %.
Monopole médiatique
D’une part, ces résultats illustrent l’émancipation du phénomène de la monopolisation médiatique et, d’autre part, le phénomène toujours grandissant de la concentration des médias. Ces phénomènes ont pour conséquence de restreindre la couverture médiatique à quelques sujets d’actualité. Bien qu’elle soit souvent d’intérêt majeur pour la population, cette surexploitation médiatique s’accapare un espace médiatique qui pourrait être davantage consacré à des nouvelles tout autant pertinentes ; de plus, elle minimise le traitement d’autres nouvelles d’une aussi grande importance. Le CRÉMI considère que le fait de monopoliser l’information et de favoriser la concentration de la presse nuit de plus en plus à la diversité de l’information. Il serait donc préférable que l’on revienne à un équilibre plus marqué dans le traitement médiatique actuel de l’actualité qui n’est; en fait, que le reflet de la monopolisation de plus en plus grande des médias. Ce n’est sûrement pas pour rien que surexposition rime avec monopolisation !
Sources : Le Devoir et La Presse, 3 novembre 2005



