Surexposition médiatique

1 Décembre 2005

Concentration, monopolisation

Au lendemain du dépôt du premier rapport Gomery sur le scandale des commandites, la surexposition médiatique a atteint son apogée. Pour la seule journée du 2 novembre, le quotidien La Presse a consacré 41 articles à son traitement. Pour cette même journée, l’ensemble des médias québécois ont ac­cordé 18,3 % de leur espace ou de leur temps d’antenne à ce dossier. Selon la firme Influence communication, qui scrute les publications des médias de façon quotidienne, il s’agit d’un record inégalé depuis novembre 2001, date du début des bom­bardements des États-Unis contre l’Afghanistan ; l’ancien record, détenu par la couverture du début des hostilités en Irak en 2003, s’était emparé de 15,1 % du contenu médiatique. Par ailleurs, la nomination du pape Benoît XVI le 25 avril 2005 avait atteint un poids média de 11,3 %.

La tendance se maintient

De façon générale, une nouvelle d’importance majeure ac­capare moins de 5 % du contenu médiatique. Même une semaine après la publication du rapport Gomery, son poids média était encore supérieur à celui d’une nouvelle de haute importance, atteignant un sommet de 8,43 %. Plus largement, depuis 2002, le scandale des commandites a fait couler beau­coup d’encre ; ainsi « entre 2002 et 2005, [excluant la jour­née du 2 novembre], il s’est écrit, sur le sujet, 10 954 articles de journaux au Québec et 44 872 articles ailleurs au Canada ». Sur le marché canadien, 5 % de l’ensemble des nouvelles pu­bliées sur Internet dans les premières 24 heures après la sortie du rapport Gomery a été consacré à ce dossier. Finalement, on remarque que d’autres événements ont également connu leur part de succès au cours des dernières semaines. Par exem­ple, dans la semaine du 8 novembre, la course à la direction du Parti québécois a accaparé 4,17 % de l’espace médiatique et les élections municipales simultanées dans l’ensemble du Québec, 2,16 %.

Monopole médiatique

D’une part, ces résultats illustrent l’émancipation du phéno­mène de la monopolisation médiatique et, d’autre part, le phénomène toujours grandissant de la concentration des médias. Ces phénomènes ont pour conséquence de restreindre la couverture médiatique à quelques sujets d’actualité. Bien qu’elle soit souvent d’intérêt majeur pour la population, cette surexploitation médiatique s’accapare un espace médiatique qui pourrait être davantage consacré à des nouvelles tout autant pertinentes ; de plus, elle minimise le traitement d’autres nouvelles d’une aussi grande importance. Le CRÉMI considère que le fait de monopoliser l’informa­tion et de favoriser la concentration de la presse nuit de plus en plus à la diversité de l’information. Il serait donc préférable que l’on revienne à un équilibre plus marqué dans le traitement médiatique actuel de l’actualité qui n’est; en fait, que le reflet de la monopolisation de plus en plus grande des médias. Ce n’est sûrement pas pour rien que surexposition rime avec monopolisation !

Sources : Le Devoir et La Presse, 3 novembre 2005

 

 

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