Un modèle de développement durable

1 juin 2006
Crédit image : Jocelyn Riendeau

Delta Sherbrooke

En 1998, le Delta Sherbrooke, hôtel et centre des congrès, récupérait à peine un demi-bac de 360 litres de papier par semaine. Huit ans plus tard, ce sont huit bacs de 360 litres de papier, carton, verre, plastique, métal et matières putrescibles qui partent pour la récupération. En additionnant tous les gestes écologiques qu’ils pratiquent au quotidien, les employé-es ont permis à leur employeur de réaliser une économie nette de 3000 $/année, et ce, depuis 2004.

Ce virage environnemental, entrepris par le chef cuisinier Pierre Bolduc, puis secondé par Pierre Rodrigue, équipier banquet et président du Syn­dicat des travailleuses et des travailleurs de l’hôtel, ne s’est pas fait sans résistance car au départ, tout le monde voyait cela comme une charge de travail.

Des résultats

En 1998, sous le regard sceptique des 160 syn­diqué-es, Pierre Bolduc fait entrer huit bacs de 360 litres pour le papier et un conteneur extérieur pour le carton. Les résultats sont apparus très vite passant d’une levée aux six jours à une collecte tous les trente jours.

Dorénavant alliés, le syndicat et le chef cuisinier convainquent la direction de l’établissement de réinvestir les économies des coûts d’enfouissement dans l’achat de dix bacs roulants pour récupérer le verre, le plastique et le métal.

En 2002, la récupération s’étend à tous les services où sont installés 200 petits bacs de récupération pour les chambres, les salles de con­férence et les bureaux. En 2004, des préposées aux chambres suggèrent de récu­pérer savons et bouteilles de shampoing utilisés à moitié. Une entente est signée avec Partage Saint-François (organisme pour personnes défavorisées), qui ramasse aussi les literies, les matelas et autres meubles usagés.

Enfin, l’équipe de la restau­ration lance avec la Ville de Sherbrooke le projet-pilote de composter les déchets de table et de cuisson. Dix contenants de 360 litres sont placés à la porte arrière de la cuisine pour permettre de composter 1,3 tonne de matières putres­cibles chaque semaine. Grâce au compostage, l’hôtel et centre des congrès Delta Sherbrooke s’est classé, en 2004, dans le programme « Ici on recycle » de Recyc-Québec, avec une performance de récupération de 74 % des déchets produits. Pierre Rodrigue fait remarquer que cela a amené une nouvelle clientèle préoccupée par l’en­vironnement et que les em­ployé-es demeurent au cœur de cet exploit, mené sans aucune subvention gouver­nementale.

Des solutions

Malgré leur enthousiasme et les succès obtenus, les défis se multiplient. L’accumulation des bacs de 360 litres gruge l’espace de la cour arrière de l’hôtel. Après réflexion, Pierre Bolduc et Pierre Rodrigue proposent de transformer le compacteur à déchets en com­pacteur à verre, à plastique et à métal. Des bacs sont élimi­nés et la collecte des matériaux compactés est effectuée tous les trois mois.

Durant le chaud été 2005, les déchets putrescibles devien­nent un véritable cauchemar à cause des odeurs et de la pré­sence de mouches et de vers. On suspend le compostage. De nouvelles ententes avec la Ville et un partenariat avec Gestion Ressouces Richer pour l’acquisition de bacs de qualité supérieure de 240 litres ont donc eu lieu.

En 2005, le syndicat s’attaque à la réduction à la source. Les coupelles de beurre et de crème et les serviettes de table sont remplacées par de la vaisselle en porcelaine et du tissu ; les piles usagées et les tubes fluorescents sont conservés pour une élimi­nation sécuritaire en tant que produits domestiques dangereux. Depuis le début de 2006, les gobelets de lait sont éliminés des ban­quets, lors desquels on vise « zéro déchet ». Dans la cuisine, l’huile est achetée en vrac. Le beurre, la crème et le lait non con­sommés sont utilisés pour la cuisson des sauces béchamels.

Des efforts reconnus

Toutes ces actions ont engendré un surplus de travail qui a amené la signature d’une lettre d’en­tente avec l’entreprise, annexée à la convention collective, pour que des heures de travail de récupération soient prévues à la tâche de chacun des em­ployés syndiqués. Selon Pierre Rodrigue, il reste maintenant à évaluer le temps que cela représente.

De son côté, Pierre Bolduc, avec un employé ancien camionneur, Pierre Leclerc, travaille à privilégier l’achat local afin de diminuer les frais de transport et les gaz à effet de serre. Une entente vient d’être signée avec une entreprise locale pour la fourniture d’eau minérale embouteillée ici et les achats ont été regroupés pour limiter les livraisons. Pierre Bolduc et Pierre Rodrigue, sont devenus des experts dans l’art du recyclage et c’est tout à leur honneur.

Source : Perspectives CSN Juin 2006, Delta Sherbrooke, Un modèle de développement durable, par Denise Proulx, photos, Jocelyn Riendeau, page 18

 

 

 

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