Début avril, le recteur de l’Université de Sherbrooke (UdeS), Bruno-Marie Béchard, et le président de la Société de transport de Sherbrooke (STS), Jean-François Rouleau, étaient tout sourire en annonçant qu’ils venaient de conclure une entente afin de permettre aux étudiantes et étudiants de l’UdeS d’avoir un accès gratuit au transport en commun dès septembre 2004.
Précisons qu’à Sherbrooke, près de 6,5 millions de gens montent à bord des autobus de la STS annuellement, dont 14 % proviennent du personnel étudiant universitaire. On a beau se réjouir du fait que cette entente soit une première au Québec, il n’en demeure pas moins que le recteur devra besogner fort pour répondre à une facture annuelle de 865 millions pendant cinq ans. Pour l’Université, le risque est grand. De son côté, M. Rouleau reconnaît que cette entente survient à temps puisqu’elle permettra de combler une baisse prévisible des 15-24 ans d’ici quelques années.
D’entrée de jeu, le recteur mise surie facteur environnemental par une diminution du parc automobile sur le campus pour l’octroi de subventions gouvernementales, qui comme chacun le sait, sont défrayées par les contribuables. Fort de cette entente, il aimerait augmenter le recrutement du personnel étudiant et faciliter son intégration à la ville de Sherbrooke puisque 80 % de celui-ci provient de l’extérieur. De plus, le recteur veut regarder du côté des commanditaires. Nul doute que le privé pourra tirer profit de ce « partenariat » puisque l’on peut avancer sans se tromper que nombreux seront ceux et celles qui descendront la colline universitaire pour se rendre gratuitement sur les artères commerciales de la Ville. Un 48 $ à ne plus mettre sur l’achat mensuel d’une carte pourrait être récupéré par les commerçants locaux.
Mais si ces deux avenues s’avéraient insuffisantes, on songe à une participation étudiante. Vaguement, le recteur a parlé d’un référendum à l’automne, si nécessaire. On parle d’une contribution variant entre 9 $ et 25 $ par session. Si la réponse est négative, y a-t-il un risque pour que le résultat se transforme en service avec des frais imposés par l’Université à sa colonie étudiante ?
Séguin et les autres !
On imagine la population étudiante sur ses gardes ! D’une part, les recteurs du Québec ont un, manque de 375 millions annuels pour financer leurs universités et d’autre part, les étudiant-e-s viennent de recevoir une douche froide sur la tête avec le dernier budget Séguin qui sabre 63,1 millions dans l’aide financière. Le logement, la bouffe, les frais de scolarité… Endettez-vous qu’ils disent et vous payerez plus tard ! À cela, il faudra peut-être ajouter à nouveau, dès janvier 2005, des frais pour le transport en commun.
Pour l’instant, on peut se réjouir d’une augmentation substantielle de l’achalandage pour la STS et d’une heureuse initiative de l’Université. L’entente devra être respectée et si l’UdeS n’y arrive pas, il est fort à parier qu’elle se rabattra sur sa masse étudiante. Par contre, depuis l’annonce de cette entente, le recteur a changé de voix … (et de voie) et quitté le navire. Suite aux élections fédérales, venons-nous le maintien de deux gouvernements néolibéraux à Québec et Ottawa ? Là aussi, c’est un risque à prendre. Alors, on monte à bord ou pas ?
Source : La Tribune, 8 avril 04, Le Collectif; 19 avril 04, Vol. xxvii, No 16



