J’ai rêvé que… je rencontrais Jean Charest

18 avril 1986

Il y a un an, le parti Rhinocéros (vous savez ce parti politique fédéral qui ridiculisait les élections) cessait d’exister. Cette nuit, j’ai rêvé que je discutais avec Jean Charest, député de Sher­brooke, de la mort de ce parti.

Moi : Jean, es-tu déçu que le parti Rhinocéros soit disparu ?

Jean C : Non ! Au contraire, on va maintenant… nous les politi­ciens, pouvoir reprendre notre place. Nous étions fatigués, tannés de nous faire voler nos plus belles idées par les rhinos. Je dis BRAVO ! Nous n’avons plus de concurrence.

Jean C : Certainement ! Le der­nier candidat rhino dans Sher­brooke avait promis un festival du crime. J’y avais déjà pensé et je l’ai même réalisé… « Le Hell’s Festival ». De toute façon, nous sommes des centaines de rhinos au parlement fédéral. On peut se mettre en valeur par nous-mê­mes.

Moi : Peux-tu me donner des exemples ?

Jean C : Certainement !

Moi : J’attends toujours tes exemples.

Jean C : Il y en a tellement, je dois faire un choix, te parler des plus connus. Tiens, il y a M. Hé­bert, celui qui a jeûné pour sauver le programme Katimavik.

Moi : …Katimavik… ?

Jean C : Tu sais les projets pour les jeunes… on leur donnait 1 $ par jour comme salaire. As-tu vu beaucoup de jeunes qui se sont mis à jeûner eux aussi pour l’ap­puyer ?

Moi : Non ! Ils le font à toutes les fins de mois. Ils ont l’habi­tude.

Jean C : Il y a aussi les histoires de thon avarié, de danseuse ren­contrée par le ministre de la dé­fense en Allemagne. Il y a aussi Mulroney qui signe des ententes avec Reagan. On lui donne tout, il nous donne rien. Ça c’est du rhino pur sang.

Moi : Oui, mais toi Jean, qu’est-ce que tu fais dans tout cela ?

Jean C : Moi, je fais confiance aux libéraux.

Moi : Pourquoi ?

Jean C : Ils s’organisent pour faire démissionner les ministres un après l’autre. Ça ne sera pas long que je vais me retrouver res­ponsable d’un ministère. À ce moment-là, je vais leur prouver que je suis aussi compétent que mes prédécesseurs.

Moi : Quelles sont les réalisa­tions dont tu es fier ?

Jean C : J’ai ramené le train de voyageurs à Sherbrooke, avec une amélioration importante… l’horaire flexible. Le train n’ar­rive pas toujours à la même heure. C’est pour briser la rou­tine. J’avais promis d’améliorer le statut de la femme. C’est fait, j’ai amélioré le statut de mon épouse. Elle est avec moi sur toutes mes photos officielles (ca­lendrier, carte de Noël, etc.). C’est rien ça, quand je serai cé­lèbre, elle et mon enfant vont fi­gurer avec moi sur ma statue.

Moi : Où en est rendu le projet de cartographie ?

Jean C : Là je suis fier de mon coup… on n’en parle pas sou­vent, on étire ça au maximum. On en reparlera juste avant les prochaines élections. Je dois te dire que la maquette du projet est déjà réalisée. Je te la montre.

On a pris un verre en admirant la maquette du projet de cartogra­phie, version Jean Charest. C’est à ce moment-là qu’il m’a appris le slogan de la Chambre des communes (vous savez l’endroit où siègent les députés fédéraux).

« En politique la modération a bien mauvais goût. »

Je me suis réveillé le lende­main avec sur mon bureau 2 pho­tos. Une de Jean Charest arborant fièrement un macaron rhinocéros (je peux vous la montrer si vous insistez). Sur l’autre, on voit la maquette de « son projet » de car­tographie…

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