Le nom des rues de notre’ quartier ou de notre ville fait partie de notre environnement quotidien. Nous y sommes tellement habitués que nous ne nous posons même plus de questions quant à leur origine. Pourtant, ces noms, surtout’ dans les quartiers plus anciens, ont une histoire.

Aujourd’hui, nous allons faire d’une pierre trois; coups, puisque le personnage dont nous allons parler a donné son nom à trois rues de Sherbrooke : les rues Alexandre, Galt ainsi que le boulevard. Alexandre.

Cet homme est, vous l’avez peut-être deviné, Alexander Dil­loch Galt. Connu surtout comme homme politique, on oublie faci­lement qu’il a aussi été un homme d’affaires important et c’est surtout à ce titre qu’il a mar­qué l’histoire de Sherbrooke. Né en Angleterre en 1817, il vient s’installer à Sherbrooke en 1835 comme employé de la British American Land Co. Cette compagnie britannique possédait plus d’un million d’acres de terre dans les Cantons de l’Est et ten­tait d’attirer des colons dans la région. Elle avait été fondée par le père d’Alexander Galt.

À l’origine cette compagnie ne recrutait ses colons qu’en Grande-Bretagne, puisque le gouvernement voulait que les Cantons de l’Est ne soient peuplés que par des anglophones. Mais, devant le peu de succès obtenu, Alexander Galt se rési­gna, en 1848, à laisser entrer les Canadiens-français afin d’éviter la faillite à sa compagnie. Une autre raison poussait aussi Galt à attirer des Canadiens-français dans la région. En effet, il était aussi l’un des principaux actionnaires de la compagnie de chemin de fer « St. Lawrence and Atlantic Railway ». Ce chemin de fer de­vait relier Montréal à Portland aux États-Unis en passant par les Cantons de l’Est.

Or, la construction d’un che­min de fer exige énormément de main-d’œuvre à cette époque et celle-ci était pratiquement inexis­tante. La solution était donc de laisser entrer les Canadiens-français dans la région, ce qui permettrait aussi d’attirer des in­dustries, puisque les Canadiens-français étaient très appréciés comme « cheap labor ».

Cependant, grâce à Galt, Sher­brooke devint la plaque tournante du réseau de chemin de fer à par­tir de 1852, ce qui permit vrai­ment le développement économi­que de la ville.

Il avait aussi des intérêts im­portants dans la compagnie Paton qui vint s’établir à Sherbrooke en 1866. Cette usine de textile était alors la plus grande et la plus mo­derne au Canada. Elle fut d’ail­leurs longtemps le principal em­ployeur de Sherbrooke. Elle em­ployait surtout des Canadiens-français. Ceux-ci habitaient, pour la plupart, le quartier centre, notamment la rue Alexandre, sur les terrains vendus par la British American Land… Galt gagnait donc des deux côtés.

Parallèlement à ces activités économiques, Galt menait aussi une carrière politique. lI fut dé­puté de Sherbrooke de 1853 à 1872. À partir de 1858, il devint ministre des Finances et c’est à ce titre qu’il joua un rôle important dans l’histoire du Canada. En ef­fet. Galt fut un des partisans les plus convaincus de la Confédéra­tion en 1867. Aux côtés de McDonald et Cartier, il est consi­déré comme l’un des « Pères de la Confédération ». Encore là, ses intérêts économiques se ma­riaient bien avec ses convictions politiques, puisque les compa­gnies de chemin de fer, où il avait des intérêts, devaient tirer beau­coup d’avantages de l’union des provinces canadiennes.

Quoi qu’il en soit, Alexander Galt devint donc le premier mi­nistre des Finances sous la Confédération.

Il quitta Sherbrooke quelques années plus tard pour se consa­crer à une carrière diplomatique qui devait le ramener à Londres en 1880. Il mourut finalement à Montréal en 1893.

À l’exception du nom de quel­ques rues, il ne reste plus rien de lui à Sherbrooke. Sa maison, qu’on appelait « Rockmont », fut détruite il y a une vingtaine d’an­nées pour faire place au monas­tère des sœurs Dominicaines sur la rue Moore.

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