Heure de changement pour le transport en commun
Le niveau de service n’est pas assez élevé, les tarifs augmentent sans cesse… Doit-on pointer du doigt la Société de transport, ou manque-t-elle simplement de fonds pour mieux remplir son mandat ?
Moins de pollution, moins de circulation, moins de bruit, plus de rentabilité, moins coûteux pour les utilisateurs(trices), etc. Le transport en commun est avantageux sur plusieurs plans. Pourquoi ne bénéficie-t-il pas d’un meilleur appui financier de la part des municipalités, des gouvernements, de la population et des entreprises ?
Le manque de financement du transport public signifie soit une baisse de service, soit une hausse du tarif, ou les deux. Les premiers à en souffrir sont ceux et celles qui dépendent de ce service, qui n’ont pas le choix d’utiliser le transport en commun. Également, la baisse de service et la hausse de tarif nous porte à opter plutôt pour l’automobile, ce qui crée une diminution d’usagers. Moins d’ utilisateurs(trices) signifie moins de revenus pour la Société de transport et donc, une baisse de service et/ou une hausse de tarif ! Ainsi débute un cercle vicieux que la Société de transport seule n’est peut-être pas capable de briser.
Appel à l’aide au gouvernement
On remarque d’abord un appui financier plutôt maigre de la part des différents paliers de gouvernement. L’Association canadienne du transport urbain (ACTU) soulignait même en 2001 que « le Canada est le seul pays du G7 où il n’y a pas d’investissement direct de sommes importantes dans le transport en commun de la part du gouvernement fédéral. ».
L’ACTU et de nombreux autres groupes encouragent le gouvernement fédéral à investir dans le transport en commun. La ville de Sherbrooke a d’ailleurs appuyé une résolution en ce sens. Toutefois, une hausse de financement du fédéral ne doit pas signifier une baisse de la part des municipalités et des automobilistes, autrement le service et les tarifs ne pourront pas être améliorés.
Au Québec, le gouvernement provincial fait vaguement meilleure figure avec son Programme d’aide au transport en commun. Toutefois, sa participation a fortement diminué dans la dernière décennie. En 1991, sa participation comptait pour 40 % du budget du transport public. Puis, réforme Ryan sur les municipalités en 1990, autres coupures en 1992 et 1998 (en pleine course au déficit zéro)… En 2000, les sommes allouées par le gouvernement provincial comptaient pour 25 % seulement du budget des sociétés de transport. À la CMTS, ce montant était d’environ 3 millions de dollars, soit 14 % des revenus. Est-ce que cette tendance à la baisse va se maintenir ?
Les municipalités de Sherbrooke, de Lennoxville, d’Ascot, de Rock Forest et de Fleurimont avaient quant à elles fourni un total de 4 536 000 $ à la CMTS en 2000. Dans le budget 2002 de la nouvelle ville de Sherbrooke, on affectait 5 567 903 $ au transport en commun.
Changements en vue
La question du financement du transport en commun est d’actualité : le ministre des Transports du Québec, M. Serge Ménard a mandaté trois personnes pour étudier le cadre financier des services de transport public, en consultant notamment les sociétés de transport, les municipalités et les regroupements d’usagers. Le rapport présenté d’ici le 20 décembre prochain mènera peut-être à l’application de nouvelles solutions. Mme Huguette Dallaire, directrice générale de la Société de transport de Sherbrooke (STS) a espoir que cette étude entraînera une hausse des investissements dans le transport en commun, que ce soit pour le maintien des infrastructures et des services actuels ou pour le développement.
Solutions
Parmi les solutions envisagées, on compte des surtaxes sur l’essence et le stationnement, des autoroutes à péage, des frais pour les automobilistes qui sont seuls dans leur véhicule, etc.
Certaines de ces mesures sont déjà utilisées par d’autres provinces (par exemple la Colombie-Britannique) et pays. La plupart de ces sources de revenus appuient le principe de pollueur-payeur : les automobilistes paient plus car ils polluent plus. Selon ce même principe, le Fonds des contributions des automobilistes au transport en commun exige des automobilistes en milieu urbain un montant de 30 $ par année, payé à même les frais d’immatriculation ; la somme recueillie est allouée directement au transport en commun dans leur région. Cette mesure, mise en place en 1992, a permis à la CMTS de récolter près de 3 millions de dollars pour l’année 2000, soit 13 % de son budget total. À titre comparatif, les revenus autonomes de la CMTS – qui comprennent les tarifs perçus – constituaient près de 41 % du budget 2000.
Selon le ministère de l’Environnement du Canada « les automobilistes paient seulement les trois cinquièmes du coût de l’infrastructure des transports ». Une automobile coûte en moyenne 7 600 $ à son propriétaire (au Canada), mais entraîne en réalité des frais d’exploitation de 10 000 $ en considérant les coûts cachés (entretien des routes, accidents, perte de terrains, …). Il serait donc équitable d’exiger plus d’investissements de la part des automobilistes. En réalité, qu’on vise le principe de pollueur-payeur ou d’utilisateur-payeur, le résultat est donc le même : les automobilistes doivent payer davantage qu’il le font à l’heure actuelle.
Une autre avenue considérée est de solliciter la participation d’autres ministères. Par exemple, le Comité des utilisateurs(trices) du transport en commun de la région de Sherbrooke (culs) suggère une contribution du ministère de l’Environnement, compte tenu des bénéfices environnementaux de ce moyen transport par rapport à l’automobile.
Autre obstacle
Le manque de financement n’est toutefois pas seul à nuire au développement du service de transport en commun. Le manque de sensibilisation du public à la question du transport en commun et de ses avantages représente un obstacle majeur. D’une part, la mentalité pro-automobile encourage les dirigeants à opter pour des solutions qui favorisent les automobilistes et la circulation automobile. D’autre part, toute taxe supplémentaire risque de provoquer de la frustration d’une population non sensibilisée et qui se dit sur-taxée (peut-être avec raison, là n’est pas la question). Mais à l’heure de Kyoto, du Sommet mondial sur le développement durable, des Journées de la Terre, etc., n’est-il pas le temps de faire fi des protestations et d’investir dans un moyen de transport socialement essentiel, efficace, économique et écologique ?
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« Des millions de Canadiens, dont beaucoup sont défavorisés par leur jeunesse, leur âge avancé, la pauvreté ou un handicap/une
déficience, comptent sur le transport en commun pour qu’il leur donne accès à des possibilités cruciales de s’instruire, de trouver et de conserver un emploi et d’obtenir des soins de santé. En effet, 30 p. 100 des usagers(ères) des réseaux canadiens de transport en commun sont des étudiants, des aînés, des enfants ou des personnes handicapées; ce sont, en plus, les citoyens les plus défavorablement touchés par les augmentations de tarifs et les réductions de services causées par la diminution du financement de ces réseaux. »



