Chacun son panier au supermarché des croyances

1 septembre 2002

Toronto, juillet 2002 : 800 000 jeunes du monde entier célèbrent leur foi autour du Pape Jean-Paul II lors d’un événement d’envergure, bien orchestré et médiatisé. Mais ne soyons pas dupes : les églises continuent tout de même de se vider, au Québec encore plus qu’ailleurs… Les données sur la croyance et la pratique religieuses ne mentent pas : toutes les grandes religions d’Occident connaissent un déclin discret, tranquille mais bel et bien réel. Pas de révolte, pas de soulèvement, pas de passion pour une nouvelle religion… simple désintéressement et indifférence. En fait, l’Église n’est pas la seule institution dans cette situation : il semblerait que toutes les institutions vivent cette crise.

Dans le cas de la religion, un phénomène semble se soulever et prendre la place des religions traditionnelles. À bas le conformisme, les rè­gles et la culpabilité asso­ciées généralement aux reli­gions à l’image peut-être de notre société individualiste et de consommation, les occi­dentaux se tournent vers une spiritualité du chacun pour soi, où liberté et bien-être personnel sont les mots d’ordre. New Age, néo-bouddhisme, anges, réincar­nation sont quelques-unes des avenues empruntées. Le remplacement des institu­tions religieuses par d’autres croyances semble indispen­sable, car « quand un individu ne se reconnaît dans aucune Église, cela ne veut pas dire qu’il ait renoncé à se poser de grandes questions d’ordre métaphysique concernant le mal, la souffrance, la mort, et surtout le sens de la vie. » Dans certains cas, au-delà du besoin de donner du sens à l’existence, le but peut être de se rassembler, de s’iden­tifier à un groupe. Il ne faut pas oublier que la religion, malgré tous ses défauts et ses lacunes, a tout de même l’avantage de solidifier les communautés et de donner des points de repères aux­quels se rattacher. Il s’agit d’un élément structurant de la société.

Magasinage, marché, nomadisme, etc…

Somme toute, doit-on ou non accueillir et encourager cette nouvelle tendance ? Les appellations qui désignent ce phénomène sont plutôt péjo­ratives marché des biens du salut, magasinage des croyan­ces, nomadisme spirituel, supermarché ou bric-à-brac religieux, spiritualité de la confusion… Pourtant, au cœur d’un bon nombre de ces nouveaux systèmes de valeurs, on retrouve la solida­rité, les droits de l’Homme, le respect, la dignité et l’éthi­que. Aurait-on réussi à trou­ver, quelque part entre liberté et conformisme, de simples balises, des valeurs, bref un point d’équilibre qui nous permet de répondre à nos questions, de partager notre point de vue avec d’autres, tout en demeurant libres ? Chose certaine, ce « magasi­nage du religieux » compte beaucoup de jeunes adeptes, alors il constituera possiblement l’avenir des religions.

 

BEAUGÉ. Florence. « Décompositions. recompositions et croyances multiples : Vers une religiosité sans Dieu ». Le Monde diplomatique. septembre 1997.

 

 

Partager :

facebook icontwitter iconfacebook icon