Road to perdition

1 août 2002

(La voie de perdition)…ou le crime dans le sang

Après American Beauty il y a trois ans, le cinéaste Sam Mendes nous propose un thriller psychologique dont l’action se situe en 1931, en plein cœur de la Grande Dé­pression. Road to perdition raconte l’histoire de Michael Sullivan (Tom Hanks), père de deux jeunes enfants qui ignorent la nature exacte de son travail.

Milieu de la mafia

Un soir où Sullivan doit aller travailler, l’aîné de ses deux fils, Michael Jr, piqué par la curiosité, va se cacher dans une malle à l’arrière de la voiture de son père. À tra­vers la brèche d’une porte, il verra ce qu’il n’aurait jamais du voir : le meurtre à froid d’un homme, après une dis­cussion animée entre mem­bres de la mafia. Évidemment, la curiosité de l’enfant met en danger la sécurité de Sullivan et de sa famille. Le parrain de la mafia irlandaise, John Rooney (Paul Newman), met­tra en garde le jeune garçon de tenir le secret sur ce qu’il a vu ce soir là. Le regardant droit dans les yeux, Rooney lui assène le code de conduite qui prévaut dans la mafia et qui assure la cohésion du clan. « Un homme d’honneur fan toujours face à la mort et tient ses promesses », lui dira t-il solonnellement.

Sullivan est déjà compro­mis sérieusement dans cette histoire et il payera cher la curiosité de son fils : sa fem­me et son plus jeune fils se­ront assassinés et il devra prendre la fuite avec Michael Jr. C’est alors que débute une longue cavale de six semaines sur la route pour tenter de fuir le milieu tordu qui lui avait jusque-là offert protection et gagne-pain (Sullivan est un orphelin recueilli par la famille de Rooney).

Le film nous fait alors suivre l’itinéraire des Sullivan, père et fils qui devront ap­prendre à s’apprivoiser. Ils vont aboutir à Chicago, ville où sévit alors Al Capone. Sullivan se recycle, passant de tueur professionnel à dévaliseur de banques, avec l’aide précieuse de son fils qui devra bien malgré lui servir d’assistant à son père.

Polar et western

Road to perdition est un heureux mélange de styles cinématographiques : le polar (pour l’atmosphère sombre) et le western (une scène de fusillade sous la pluie a été filmée au ralenti, sans le son, avec une musique dramatique; l’effet est assez réussi). La musique de Thomas Newman colle parfaitement à l’atmos­phère du film. De même que les images. En effet, plusieurs scènes du film baignent dans une pénombre teintée de bleu foncé qui contribue à faire ressentir au spectateur le cli­mat claustrophobique clans lequel évolue ces personnages condamnés à une fuite perpé­tuelle. Ce sentiment est ren­forcé par la présence de Jude Law, excellent dans le rôle d’un inquiétant photographe-tueur à gage, qui prend gen­timent des photos de ses vic­times juste avant qu’elles n’expirent (pour le côté sordide, c’est réussi)…

Cette route de la perdition est parsemée d’embûches pour les deux protagonistes. Au fil des péripéties, le fils cherche à se rapprocher d’un père froid et distant, en s’ac­commodant tant bien que mal à cette situation dangereuse. Un peu de répit s’offrira à Sullivan et son fils qui vont chercher refuge chez une tante, sur le bord d’une plage ensoleillé. Mais le dénoue­ment final nous entraîne jus­qu’aux limites de cette route sans issue où il ne semble pas y avoir d’échappatoire…

Crime et moralité…

Road to perdition fait la démonstration assez efficace d’un milieu criminel impi­toyable. Le traitement des rapports père-fils dans ces circonstances permet d’ap­porter un aspect plus humain au « film de gangster » aux­quels nous sommes habitués. Tom Hanks compose un Michael Sullivan assez con­vainquant, pris dans la spirale de la violence, déterminé d’une part à se venger de l’assassin de sa famille, et d’autre part à préserver l’in­nocence de son fils. C’est un personnage qui cherche une forme de rédemption à sa condition moralement dou­teuse. D’ailleurs, Michael Jr. ne semble pas porter de juge­ment sur son père; il dira sim­plement qu’il est « son père ». Enfin, ce type d’histoires fait plaisir à voir à une époque de l’ année où la plupart des scé­narios sur nos écrans sont aussi légers que l’humidité de l’air…

 

 

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