(La voie de perdition)…ou le crime dans le sang
Après American Beauty il y a trois ans, le cinéaste Sam Mendes nous propose un thriller psychologique dont l’action se situe en 1931, en plein cœur de la Grande Dépression. Road to perdition raconte l’histoire de Michael Sullivan (Tom Hanks), père de deux jeunes enfants qui ignorent la nature exacte de son travail.
Milieu de la mafia
Un soir où Sullivan doit aller travailler, l’aîné de ses deux fils, Michael Jr, piqué par la curiosité, va se cacher dans une malle à l’arrière de la voiture de son père. À travers la brèche d’une porte, il verra ce qu’il n’aurait jamais du voir : le meurtre à froid d’un homme, après une discussion animée entre membres de la mafia. Évidemment, la curiosité de l’enfant met en danger la sécurité de Sullivan et de sa famille. Le parrain de la mafia irlandaise, John Rooney (Paul Newman), mettra en garde le jeune garçon de tenir le secret sur ce qu’il a vu ce soir là. Le regardant droit dans les yeux, Rooney lui assène le code de conduite qui prévaut dans la mafia et qui assure la cohésion du clan. « Un homme d’honneur fan toujours face à la mort et tient ses promesses », lui dira t-il solonnellement.
Sullivan est déjà compromis sérieusement dans cette histoire et il payera cher la curiosité de son fils : sa femme et son plus jeune fils seront assassinés et il devra prendre la fuite avec Michael Jr. C’est alors que débute une longue cavale de six semaines sur la route pour tenter de fuir le milieu tordu qui lui avait jusque-là offert protection et gagne-pain (Sullivan est un orphelin recueilli par la famille de Rooney).
Le film nous fait alors suivre l’itinéraire des Sullivan, père et fils qui devront apprendre à s’apprivoiser. Ils vont aboutir à Chicago, ville où sévit alors Al Capone. Sullivan se recycle, passant de tueur professionnel à dévaliseur de banques, avec l’aide précieuse de son fils qui devra bien malgré lui servir d’assistant à son père.
Polar et western
Road to perdition est un heureux mélange de styles cinématographiques : le polar (pour l’atmosphère sombre) et le western (une scène de fusillade sous la pluie a été filmée au ralenti, sans le son, avec une musique dramatique; l’effet est assez réussi). La musique de Thomas Newman colle parfaitement à l’atmosphère du film. De même que les images. En effet, plusieurs scènes du film baignent dans une pénombre teintée de bleu foncé qui contribue à faire ressentir au spectateur le climat claustrophobique clans lequel évolue ces personnages condamnés à une fuite perpétuelle. Ce sentiment est renforcé par la présence de Jude Law, excellent dans le rôle d’un inquiétant photographe-tueur à gage, qui prend gentiment des photos de ses victimes juste avant qu’elles n’expirent (pour le côté sordide, c’est réussi)…
Cette route de la perdition est parsemée d’embûches pour les deux protagonistes. Au fil des péripéties, le fils cherche à se rapprocher d’un père froid et distant, en s’accommodant tant bien que mal à cette situation dangereuse. Un peu de répit s’offrira à Sullivan et son fils qui vont chercher refuge chez une tante, sur le bord d’une plage ensoleillé. Mais le dénouement final nous entraîne jusqu’aux limites de cette route sans issue où il ne semble pas y avoir d’échappatoire…
Crime et moralité…
Road to perdition fait la démonstration assez efficace d’un milieu criminel impitoyable. Le traitement des rapports père-fils dans ces circonstances permet d’apporter un aspect plus humain au « film de gangster » auxquels nous sommes habitués. Tom Hanks compose un Michael Sullivan assez convainquant, pris dans la spirale de la violence, déterminé d’une part à se venger de l’assassin de sa famille, et d’autre part à préserver l’innocence de son fils. C’est un personnage qui cherche une forme de rédemption à sa condition moralement douteuse. D’ailleurs, Michael Jr. ne semble pas porter de jugement sur son père; il dira simplement qu’il est « son père ». Enfin, ce type d’histoires fait plaisir à voir à une époque de l’ année où la plupart des scénarios sur nos écrans sont aussi légers que l’humidité de l’air…



