La décision du conglomérat CanWest Global Communicatlions, propriété de la famille Asper de Winnipeg, d’imposer un éditorial unique à ses 14 journaux, dont The Gazette, a soulevé un tollé dans le monde journalistique. Qui plus est, dans un an, ce n’est pas un, mais trois éditoriaux par semaine qui leurs seront ainsi imposés. Le premier papier de M. David Asper invitait le gouvernement fédéral à diminuer l’imposition des gains en capital des fondations privées. Ironie du sort, les Asper gèrent ce type de fondation.
Réactions en sol québécois
Les journalistes à l’emploi du journal The Gazette ont été menacés de poursuites judiciaires de la part de leur employeur pour avoir, selon l’entreprise, divulgué de l’information confidentielle. En effet, ces journalistes ont manifesté leur désaccord en refusant de signer leurs textes pendant deux jours. Ils ont aussi fait circuler une pétition et inauguré un site Internet. En agissant de la sorte, ils ont simplement voulu dénoncer au grand jour un exemple flagrant de contrôle de l’« establishment » sur l’information.
Le 17 décembre dernier, Paul Cauchon. journaliste au quotidien Le Devoir, nous faisait part de l’état de frustration de M. Asper : Depuis quand leur droit à la libre expression est plus grand que celui de n’importe qui d’autre ». M. Asper peut s’exprimer autant qu’il le veut, mais, pour ce faire, d n’a pas à bâillonner le travail de 14 équipes éditoriales.
Rappelons qu’un éditorial reflète la direction d’un journal par rapport à un événement. Il donne une couleur particulière à un point de vue. La variété des points de vue favorise les débats et les échanges d’idées. En agissant ainsi. M. David Asper brime la liberté d’expression des équipes éditoriales de ses différents journaux
Scepticisme de monsieur Dubuc
Mais il y a toujours des sceptiques. M. Jean-Guy Dubuc du quotidien La Tribune affirmait dans son éditorial du 20 décembre 2001 que : « Ce n’est pas à cause de la concentration que CanWest pose des gestes abusifs mais seulement à cause de la famille Asper, propriétaire ». M. Dubuc craindrait-il les foudres de ses supérieurs chez Gesca ? M. Dubuc ignorait-il que, la journée précédente. l’Assemblée nationale avait adopté unanimement une motion à l’égard de la qualité et de la diversité de l’information ? Cette motion fait partie des recommandations contenues dans le rapport de la Commission de la culture portant sur la concentration de la presse publié en novembre 2001. Selon eux, « un tel engagement devrait maintenir et préserver le caractère original et l’autonomie de son quotidien au Québec The Gazette » (La Presse.. le 20 décembre 2001).
Dans la demande de M. Asper, les parlementaires et le CRÉMI y voient de la concentration; M. Dubuc n’y voit « qu’une défense mal dissimulée d’intérêts personnels ». Lesquels je vous le demande ? L’imposition d’éditoriaux uniques à 14 journaux constitue une atteinte à la qualité et à la diversité de l’information, atteinte que permet une concentration de la presse. Si M. Dubuc ne veut pas le reconnaître, je veux bien qu’on m’appelle Jean-Guy…



