Femmes et journalisme : des risques plus grands

1 mars 2002

Le métier de correspondant à l’étranger comporte de nombreux risques, entre autres, le kidnapping, les balles perdues, les attentats et, dans certains cas, la mort. Ces dangers frappent à l’improviste, sans égard pour les sexes. Par contre, dans certaines parties du monde, être une femme journaliste constitue un risque supplémentaire. En témoigne la journaliste canadienne, Céline Galipeau, dont nous résu­mons ici les dangers et les frustrations qu’elle a subis lors de ses reportages à la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan.

En voulant rendre compte de la situation des réfugiés afghans confinés à la frontière de ces deux pays, Mme Galipeau et son équipe eurent souvent maille à partir avec des garde-frontières Pakistanais. Elle tenta de convaincre un leader religieux de leur permettre de l’accompagner vers des camps de réfugiés. Il acquiesça mais à la condition que les femmes ne fassent pas parti du voyage, et cela, même si ces dernières arboraient le voile. Mais le religieux reviendra sur sa décision et n’emmènera personne. Mme Galipeau et son équipe n’en reviennent tout simplement pas. Aucun pays musulman ne l’avait encore traitée ainsi. Elle constate que d’un côté ou l’autre de la frontière, les leaders religieux dictent le sort des femmes.

Une présence dérangeante…

Les femmes sont rares dans les nielles et les déplacements de l’équipe provoquent de nombreux rassemblements. Ac­compagnée de sa réalisatrice, Céline Galipeau ne fait qu’ac­croître la tension lorsqu’elle veut réaliser ses reportages. En revanche, son cameraman peut s’acquitter de sa tâche en tout tranquillité. Un énorme soulagement pour elle…

Sa présence soulève la colère parmi les jeunes fondamen­talistes qui l’obligent, à maintes reprises, à trouver refuge chez des villageoises. Et même là, elle devait supporter les regards désapprobateurs des autres femmes. Finalement, elle a dû passer le plus clair de son temps cachée plutôt que d’effectuer son travail au grand jour.

Une présence capitale…

Mme Galipeau affirme ne pas avoir craint pour sa vie. Par contre, elle redoutait qu’un « illuminé » ne cause des actes de violence à cause de la présence d’une occidentale (débauchée) parmi les musulmans fondamentalistes.

La plupart des journalistes travaillant en Afghanistan et au Pakistan sont des hommes même si les grandes chaînes telles CNN, BBC ou autres ont dépêché sur les lieux leurs correspondantes. Selon Mme Galipeau : « Il était important qu’elles soient là. Actives. Présentes. Visibles ». Elle mentionne aussi qu’elle a dû s’astreindre au port du voile pour pouvoir effectuer son travail journalistique en relative sécurité. La révolte l’habite depuis son départ du Pakistan.

 

Source : GALIPEAU, Céline, « Femme journaliste en pays inté­griste : l’information voilée ». Le 30, vol. 26, no 1décembre-jan­vier 2002, p. 22-23.

 

 

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