L’anti-misérabilisme et le misérabilisme

1 août 2005

Portiez-vous un de ces chapeaux lors de la St-Jean célébrée au Lac des Nations ? C’est étrangement à cette occasion que j’ai connu les mots « misérabilisme » et « anti-misérabilisme ». Alors que je m’y rendais avec une amie, j’ai rencontré un promoteur de l’anti-misérabilisme qui a exprimé son mépris envers les défavorisé-e-s. J’écris les et non des défavorisé-e-s. En effet, l’événement que je raconte ici démontre un manque de discernement de la part d’une personne œuvrant dans un milieu d’entraide.

Qui aurait cru trouver une telle attitude lors d’une fête de solidarité ? Je connaissais ce type de vue ayant échangé quelques mots, ici et là, avec lui. En approchant du lieu, nous parlions agréablement, me semblait-il, de choses et d’autres, jusqu’à ce que l’on rencontre une femme en fau­teuil roulant. Elle revenait des barrières situées à l’entrée. Mon amie qui la connaissait lui a demandé :« Tu ne vas pas à la fête ? » La femme laissa tomber : « Non, ça coûte 3 $. »

Le gars s’exclama : « Ah moué là, le misérabilisme… » Pour contrer mon reproche, il argu­menta : « Y a toujours moyen de trouver trois piassss. » Passant son chemin en silence, la femme n’aurait peut-être pas exprimé sa difficulté supplémentaire à son état physique si ma compagne ne lui avait pas parlé. Elle aurait pu mentir pour éviter l’éti­quette misérabiliste. Sa franchise a mis en évidence une situation vécue par plusieurs. Et le gars, voulant justifier son exaspération, s’est appuyé sur le fait qu’il en côtoyait énormément à la soupe populaire où il s’impli­que. Peut-être que, régulière­ment, cette soupe le nourrit bien et qu’il peut rapporter des restes à partager en bonne compagnie !

Je lui ai passé la remarque que ce n’était pas tout le monde qui avait l’énergie pour faire du bénévolat et d’obtenir, à l’occasion, des biens et services, en plus de bénéficier de la valorisation personnelle et sociale. Justement, avant la rencontre de cette personne, il nous faisait admirer le t-shirt de promotion de la St-Jean qu’il avait obtenu gratuitement. Il nous a même offert des badges.

Sur mes propos, il a dit que je ne le saisissait pas bien et qu’il ne voulait pas généraliser. J’ai relevé le fait que sa remarque désobligeante sur le miséra­bilisme était tombée à la suite de la réponse de la personne handicapée. Peut-on commet­tre une telle erreur ? Il est cependant mal tombé avec moi qui ai connu et connais encore des difficultés ‘du genre misérabilisme. Je n’ai pu ni voulu le laisser s’esquiver. Je l’ai sévèrement pointé du doigt, et pas du bon, en lui affirmant que je comprenais très bien le message de ses remarques. N’a-t-il pas déjà été lui aussi dans une telle situation ? S’il l’a oublié, moi non !

Voilà pour mon histoire qui s’est passée à la St-Jean. Et vous, portiez-vous le chapeau de l’anti-misérabiliste anonyme ?

 

 

 

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