À quand Radio-Canada ?

1 juin 2002

Le conflit de travail (lock-out) à Radio-Canada sem­ble en voie, pensent certains, de s’éterniser jusqu’à l’automne. Les personnes employées ont rejeté par trois votes les der­nières offres patronales. Ce résultat a sans aucun doute élargi le fossé entre les tenants d’un retour au travail et ceux qui désirent poursuivre la bataille. De plus, n’oublions pas que les dirigeants syndicaux avaient eux-mêmes recommandé l’ac­ceptation de l’offre patronale. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils l’ont mollement défendue, presque à contrecœur. Le résultat du vote reflète cette indécision. Les patrons, ironisent certains, pourront ainsi économiser des millions de dollars en salaires non-versés. Portrait d’un « drôle » de conflit.

Les demandes syndicales

Les revendications syndicales touchent plus particulière­ment la discrimination salariale entre les hommes et les femmes, la précarité d’emploi qui atteint la moitié des effectifs ainsi que des écarts de traitement avec les employés des autres provinces. La précarité d’emploi chez Radio-Canada signifie de devoir accumuler, année après année, des petits contrats qui privent son détenteur d’ancienneté et de sécurité d’emploi. Cette précarité peut pousser ainsi un jour­naliste à l’emploi du service de l’information à y penser deux fois avant de réaliser un reportage pouvant soulever la controverse. En accordant ainsi la sécurité d’emploi à ces jour­nalistes, on leur permet d’effectuer leur travail en tout liberté et en ,contrepartie, la population est mieux informée.

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué

Les bulletins de nouvelles à Radio-Canada, tant à la radio qu’à la télévision, sont ceux qui souffrent le plus depuis le début du conflit. Des « news » télévisées même en prove­nance d’Europe ainsi que des nouvelles lues « péniblement » par des cadres de la Société d’État ne peuvent remplacer un bulletin animé par une lectrice ou un lecteur chevronné. C’est toute la crédibilité de Radio-Canada qui est remise en cause.

À l’heure où l’on se parle, les stations privées récupèrent une partie de la clientèle radio-canadienne. Il faut se rendre à l’évidence que ces dernières ne peuvent offrir une alternative valable dans le domaine de l’information.

C’est durant ces moments de crises que l’on réalise toute l’importance d’un service public tant au niveau de l’infor­mation que du divertissement. Au moment d’écrire ces lignes, nous apprenions que le personnel employé en lock-out aurait accepté à 70 % les offres patronales « améliorées » mettant ainsi fin à un conflit de deux mois. Mais tout n’est pas réglé. Il reste la question de l’équité avec le réseau CBC et de celle entre les hommes et les femmes. Un comité se penchera sur la question.

 

Source : RICHER, Jocelyne. « Jusqu’ici Radio-Canada », Le 30, vol. 26, n° 5, mai 2002, p. 5.
Source : DESRIVIÈRES, Paule. « Il est temps de rentrer », Le Devoir, vol. XCIII, n° 108, I7 mai 2002, p. A6

 

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