Le vent se lève, un film de Ken Loach

17 avril 2007

Jeunes hommes en colère

 

Revoici une nouvelle production signée Ken Loach, cinéaste engagé depuis plusieurs années dans ce qu’on pourrait appeler un cinéma social combatif. Cette fois, il nous introduit dans l’Irlande des années 1920, en proie à l’oppression de la Grande-Bretagne. Nous y retrouvons les paysans irlandais qui semblent profiter d’une vie paisible…

Mais les apparences sont trom­peuses : l’armée britannique ne tarde pas de les menacer à la pointe du fusil dès qu’ils se re­trouvent en groupe. Les têtes fortes sont vite éliminées à cette époque où les colonisateurs cher­chent à domestiquer la verte Irlande. Ainsi, Damien (Cillian Murphy) se retrouve à la croisée des chemins dans son choix de vie. Se préparant à quitter son modeste milieu pour des études à Londres, il devra rapidement choisir son camp entre la mé­decine (le confort) et le combat contre l’envahisseur (le danger), qui risque d’être moins payant..

Prendre les armes

Un incident scandaleux dont il a été témoin le décidera à pren­dre part à la lutte. Loach nous fait voir l’humiliation brutale dont est victime le peuple irlan­dais à l’époque. Ce dernier est victime de persécutions fré­quentes, d’insultes et de mépris total par le pouvoir colonisateur qui cherche à tout prix à con­tenir ses velléités d’indépen­dance. Après d’âpres luttes, les paysans masqués (ancêtres de l’actuelle IRA) en viennent à faire bouger les Anglais qui si­gneront un traité de paix bidon avec les nationalistes irlandais.

Ces derniers se retrouvent en fait inféodés au pouvoir britannique. Ils ont leur propre armée na­tionale mais pas de véritable liberté et l’Irlande demeure toujours sous l’emprise de Sa Majesté britannique. Dès lors, certains se soumettent, d’autres continuent la lutte armée pour obtenir l’indépendance.

Les débats, les incertitudes, les divisions, les traîtrises s’ensui­vent. Dans cette histoire, on aurait pu craindre une certaine complaisance du réalisateur dans le traitement des deux camps. Il est heureux de voir certaines nuances, comme un des personnages qui refuse d’obéir aux ordres d’exécution. Ou encore un militaire qui contient la rage d’un supérieur trop brutal. C’est ainsi que les militaires anglais ne sont pas que cantonnés dans le rôle de bru­tes sanguinaires qui obéissent aveuglément aux ordres. Quel­ques femmes font aussi partie des débats et du tribunal in­dépendant mis sur place après la ratification du fameux traité de paix.

Dans ce film de combat, il y a aussi l’inévitable romance (qu’on devine des bobines à l’avance). Toutefois, elle est dé­peinte avec une certaine sobriété et sert bien l’objectif d’adoucir un peu l’aspect sanglant de cette histoire. La musique de George Fenton, discrète et pas trop pré­sente, collabore aussi à cette mesure. L’utilisation de chansons folkloriques entonnées par les combattants donne un petit air d’authenticité populaire à la lutte de ces gens (The wind that shakes the barley, par exemple, titre anglais du film).

L’Irlande ou l’Histoire méconnue

Le réalisateur concentre vraiment tous ses efforts sur l’essentiel, c’est-à-dire les combats et les débats qui les précèdent, avec les touches d’émotion poignante qui s’insèrent naturellement. Certaines scènes ici et là auraient peut-être gagnées à être coupées au montage afin de donner davantage d’impact au film. Notons une juste proportion entre les débats et les embus­cades, sans doute une volonté éducative de son auteur qui cherche davantage à expliquer les motivations de ses person­nages qu’à accumuler les scènes de fusillades à la chaîne. Bien sûr, cela peut se faire au détriment du rythme. À preuve, j’ai pu entendre les plaintes d’un spec­tateur comme quoi il ne se pas­sait rien dans ce film (M. croyait sans doute assister à un film d’action…) ! En bout de ligne, on se retrouve avec une œuvre fort instructive qui donne envie de se documenter davantage sur ce dramatique sujet de l’histoire.

 

 

 

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