L’impasse péruvien – L’engagement citoyen

1 janvier 2005

Holà ! Je salue toute l’équipe D’ENTRÉE LIBRE ainsi que tous les lecteurs et lectrices en direct du Pérou ! Actuellement en stage PSIJ (Programme de Stages Internationaux pour les Jeunes) « chapeauté » par l’ACDI (Association canadienne de développement international) et le CSI (Carrefour de solidarité internationale) en tant que conseiller en citoyenneté et démocratie depuis Lima, capitale péruvienne de huit millions d’habitants d’un pays en comprenant près de vingt-cinq millions, l’édition « internationale » de ce numéro m’invite à dresser un portrait d’un pays attachant, à la fois « en ébullition démocratique » et en grand bourbier politique.

Si l’actualité péruvienne a une saveur « terroriste », aux dires du président Alejandro Toledo, les causes de cette réalité sont profondes et lourdes. Le pre­mier janvier, un groupe mené par l’ex-commandant de l’armée de terre, Antauro Humala, s’est emparé d’un poste de police, y faisant morts et blessés. Il comptait obtenir la démission du Président… dont la popularité peine à atteindre 10 %. C’est beaucoup moins que le 50 % de pauvreté ou le 25 % de pauvreté extrême existant dans ce pays depuis trop longtemps déjà. Quelles sont les causes de cette réalité qui dure et perdure ?

Pays sous un vent de scandales

Comme certains l’auront imaginé, le vent néolibéral a frappé de plein fouet ce pays dans les années 1990. Alors sous la tutelle d’un président autoritaire, Alberto Fujimori (paradoxalement accusé d’ho­micide, kidnapping et crime contre l’humanité – mais dont se réclame aujourd’hui une partie du peuple) entama la privatisation de centaines d’entreprises afin de redresser un marasme économique catastrophique. Si l’effet im­médiat a pu paraître bénéfique au pays, il aura malheureuse­ment été bien éphémère pour la majorité de la population… Après de nombreux scandales du gouvernement « Fujishok » – qui s’enfuit au Japon en 2001 durant un troisième mandat « illégal »-, le président succes­seur et « sauveur », Toledo, qui représentait un véritable espoir de décentralisation du pouvoir et de démocratie, égalera Fujimori dans cette démarche néolibérale, se dissociant du coup de la classe sociale l’ayant porté au pouvoir. Toledo multipliera des actions favo­rables aux entreprises privées et aux intérêts étrangers. Alors que Fujimori avait réussi à donner au peuple une certaine stabilité (dont la chute du Sentier Lumineux) et quelques avancées (terre, électricité, eau courante dans plusieurs milieux), Toledo n’aura, quant à lui, « rien » apporté de signi­ficatif au peuple. Aujourd’hui, le pays est plongé dans un sen­timent d’impasse économique, d’isolement idéologique, d’em­bourbement politico-social dans la transition démocratique et peine à percevoir la lumière.

Bidonville de Collique

Bien que le bagage démocra­tique péruvien soit frêle – les années 1990 où l’État de droit, la liberté de presse et l’organi­sation sociale sérieusement compromis à l’époque suc­cédaient à la sombre décennie 1980, entachée de violence par le mouvement gauchiste-radical du Sentier Lumineux responsable de milliers de morts ainsi qu’une période de régime militaire dans les années 1970 – plusieurs points positifs permettent de croire à des jours meilleurs ! En effet, depuis quelques années, des organisations ont vu le jour afin de promouvoir la démo­cratie, le respect des droits, la participation effective citoyenne, le tout dans une visée de transformation sociale. Cette ébullition d’initiatives, ce courant d’air frais, jeune et vivifiant est en grande partie le travail de femmes impliquées dans leur communauté. As­sumant le rôle de mère et s’acquittant de la majorité des tâches domestiques, parfois en quête d’un maigre revenu (artisanat ou commerce som­maire), elles réussissent à combiner leurs efforts dans des comités de citoyens et d’organisations de toutes sortes. S’il peut être parfois difficile de se faire écouter et d’être considéré en tant qu’individu ou selon ses revendications, l’union des gens ne peut et ne pourra qu’alléger l’injustice et la pauvreté sévissant dans le pays.

C’est dans ce contexte que je vis et travaille dans un pueblo joven (bidonville) d’environ 100 000 habitants, Conique. La visée de mon projet se veut le renforcement des capacités des femmes dans la gestion vigilante de la communauté, de leur participation dans la communauté et dans le gou­vernement local, de leur inter­vention dans ces instances et dans la revendication de leurs droits. La réalité générale du Pérou (politique, culturelle, etc.) différe de celle du Québec. La situation démocratique au sein même d’un groupe ou d’une organisation (et d’autre part dans la famille) n’échappe pas à cette différence. Aussi les méthodes d’intervention à employer différeront, ayant à s’adapter… C’est par con­séquent dans un tout autre contexte que j’ai le privilège d’accomplir ce grand défi et de nombreux apprentissages !

Mais ne nous enchantons pas trop vite. Le loup nommé Néolibéralisme guette le pays et ses nombreuses richesses naturelles, pendant que la corruption ronge intérieure­ment le Pérou, surtout Lima. Dans la conjoncture actuelle, le meilleur des gouvernements peinerait sans doute à redresser efficacement la situation. Les fortes valeurs familiales, la solidarité grandissante d’un peuple trop longtemps ignoré et l’organisation citoyenne des communautés réussiront-elles à contribuer au changement de la situation ?

Une chose est sûre au Pérou : 2005 est une année pré­électorale et le meilleur comme le pire peuvent s’y produire. Aussi, il ne coûte rien de croire au changement. Ici aussi les gens ont des idéaux et rêvent d’un monde meilleur. Moi je ne peux que saluer ce courage, cette audace et cette détermi­nation; croire dans les progrès et les avancées qui se concré­tisent chaque jour et apporter le petit peu qui m’appartient pour améliorer les conditions d’un peuple fort marqué en traditions et aussi en luttes. Sur ce, je vous souhaite une bonne année 2005 !

 

 

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Des chiffres qui parlent

40 % : c’est le pour­centage des habitants de notre planète qui n’ont pas accès à de simples latrines.

30 secondes : un en­fant africain meurt de malaria toutes les 30 secondes.

Source : La Presse, 23 janvier 05 2 plus

 

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