Ces temps-ci, les journaux, la radio et la TV nous parlent de l’Amérique Centrale à peu près tous dans les mêmes termes, à savoir : le Nicaragua est gouverné par des communistes totalitaires, alors que le Salvador et le Guatemala ont des gouvernements « modérés », démocratiquement élus. Cependant, de nombreuses voix donnent une version tout à fait différente : c’est au Guatémala et au Salvador que la population est réprimée, alors que le gouvernement du Nicaragua fait de louables efforts pour assurer le bien-être des grandes majorités. Qui dit vrai ?
La règle d’or pour juger de la validité d’une information, c’est de chercher QUI vous la transmet et POURQUOI il choisit de vous transmettre cette information.
Dans le cas des nouvelles internationales, elles proviennent presque toujours de l’une des quatre grandes entreprises d’information internationales (agences de presse) qui fournissent quotidiennement un certain nombre de nouvelles des quatre coins du monde aux médias abonnés. Vous pouvez vérifier cela dans n’importe lequel des quotidiens du Québec : presque toutes les nouvelles de l’extérieur commencent par les lettres AP (Associated Press) ou UPI (United Press International) ou AFP (Agence France-Presse) ou encore Reuter (agence britannique); parfois, un média assez riche envoie son propre correspondant sur place quand il y a une situation « chaude » dans une région du monde.
Maintenant, QUI sont ceux qui nous disent que c’est le Nicaragua qui est le méchant en Amérique Centrale ? Les quatre agences en question, Reagan, Radio-Canada (vous avez vu ses reportages sur le Nicaragua au Téléjournal dans la semaine du 16 au 22 février ?), les éditorialistes de La Presse et de La Tribune (journaux de Power Corporation), pour ne nommer que ceux-là. Vous voyez qu’il s’agit de « gros canons ».
Et QUI donne la version contraire, à savoir que le véritable méchant en Amérique Centrale, c’est le gouvernement Reagan ? La Conférence des évêques des États-Unis et celle du Canada1, les gens de chez nous qui sont allés en Amérique Centrale : coopérants, missionnaires (à quelques exceptions près), travailleurs bénévoles dans les brigades au Nicaragua (des cultivateurs de l’Alberta, des électriciens de Toronto, des groupes de Thetford, de Saint-Jérôme et de l’ensemble du Québec). Mais voilà : personne parmi ces gens-là n’est millionnaire : c’est pourquoi leur version n’est pas entendue, sauf dans les « chuchotements » des petites revues, des petits bulletins, des petits médias communautaires.
Je laisse à la lectrice le soin de trouver elle-même la réponse à la deuxième question : POURQUOI chaque groupe nous donne-t-il la version qu’il donne ? Quels sont les intérêts que chaque groupe peut bien défendre au Nicaragua, au Salvador et au Honduras ? Je crois que la réflexion que je vous suggère de faire vous amènera à conclure que ce n’est pas nécessairement parce qu’on parle fort qu’on dit la vérité. Malheureusement, la plupart d’entre nous n’entendons que ceux qui parlent fort et par conséquent, nous ignorons qu’il existe une « autre vérité ». Au Nicaragua, dont la droite dénonce la censure de la presse, il y a trois quotidiens avec des versions différentes de la réalité : c’est plus que nous n’en avons ici.
- La première a condamné l’aide militaire des États-Unis aux contre-révolutionnaires nicaraguayens; la deuxième a demandé au gouvernement canadien d’augmenter son aide au Nicaragua et de ne pas renouveler celle au Salvador « sans avoir au préalable examiné attentivement la situation des droits humains dans ce pays ».



