L’information internationale: Qui dit vrai?

15 mars 1986

Ces temps-ci, les journaux, la radio et la TV nous parlent de l’Amérique Centrale à peu près tous dans les mêmes termes, à savoir : le Nica­ragua est gouverné par des communistes totalitaires, alors que le Salvador et le Guatemala ont des gouvernements « mo­dérés », démocratiquement élus. Cependant, de nombreuses voix donnent une version tout à fait différente : c’est au Guatémala et au Salvador que la population est réprimée, alors que le gouverne­ment du Nicaragua fait de louables efforts pour assurer le bien-être des grandes majorités. Qui dit vrai ?

La règle d’or pour juger de la validité d’une information, c’est de chercher QUI vous la transmet et POURQUOI il choisit de vous transmettre cette information.

Dans le cas des nouvelles in­ternationales, elles proviennent presque toujours de l’une des quatre grandes entreprises d’information internationales (agences de presse) qui fournis­sent quotidiennement un certain nombre de nouvelles des quatre coins du monde aux médias abonnés. Vous pouvez vérifier cela dans n’importe lequel des quotidiens du Québec : presque toutes les nouvelles de l’extérieur commencent par les lettres AP (Associated Press) ou UPI (Uni­ted Press International) ou AFP (Agence France-Presse) ou encore Reuter (agence britannique); parfois, un média assez riche en­voie son propre correspondant sur place quand il y a une situa­tion « chaude » dans une région du monde.

Maintenant, QUI sont ceux qui nous disent que c’est le Nicara­gua qui est le méchant en Améri­que Centrale ? Les quatre agences en question, Reagan, Radio-Canada (vous avez vu ses repor­tages sur le Nicaragua au Télé­journal dans la semaine du 16 au 22 février ?), les éditorialistes de La Presse et de La Tribune (jour­naux de Power Corporation), pour ne nommer que ceux-là. Vous voyez qu’il s’agit de « gros canons ».

Et QUI donne la version contraire, à savoir que le véri­table méchant en Amérique Cen­trale, c’est le gouvernement Rea­gan ? La Conférence des évêques des États-Unis et celle du Canada1, les gens de chez nous qui sont allés en Amérique Cen­trale : coopérants, missionnaires (à quelques exceptions près), tra­vailleurs bénévoles dans les bri­gades au Nicaragua (des cultiva­teurs de l’Alberta, des électri­ciens de Toronto, des groupes de Thetford, de Saint-Jérôme et de l’ensemble du Québec). Mais voilà : personne parmi ces gens-là n’est millionnaire : c’est pourquoi leur version n’est pas entendue, sauf dans les « chuchotements » des petites revues, des petits bulletins, des petits médias commu­nautaires.

Je laisse à la lectrice le soin de trouver elle-même la réponse à la deuxième question : POURQUOI chaque groupe nous donne-t-il la version qu’il donne ? Quels sont les intérêts que chaque groupe peut bien défendre au Nicaragua, au Salvador et au Honduras ? Je crois que la réflexion que je vous suggère de faire vous amènera à conclure que ce n’est pas néces­sairement parce qu’on parle fort qu’on dit la vérité. Malheureuse­ment, la plupart d’entre nous n’entendons que ceux qui parlent fort et par conséquent, nous igno­rons qu’il existe une « autre vérité ». Au Nicaragua, dont la droite dénonce la censure de la presse, il y a trois quotidiens avec des versions différentes de la réa­lité : c’est plus que nous n’en avons ici.

  1. La première a condamné l’aide militaire des États-Unis aux contre-révolutionnaires nica­raguayens; la deuxième a demandé au gou­vernement canadien d’augmenter son aide au Nicaragua et de ne pas renouveler celle au Salvador « sans avoir au préalable examiné attentivement la situation des droits humains dans ce pays ».

Partager :

facebook icontwitter iconfacebook icon