Monter un bateau pour le Nicaragua

15 janvier 1986

Nous étions six dans la cave du Carrefour de Solidarité internationale en train d’emballer, d’évaluer et d’éti­queter le matériel recueilli dans le cadre de la campagne « Outils de paix pour le Nicaragua ». Trois chaises roulantes, deux machines à coudre, trois dactylos, dix mar­teaux, des centaines de crayons, de cahiers et d’effaces, des serin­gues, des pansements, des cas­settes, etc : il y en avait pour envi­ron 7 000 $ – et nous avions re­cueilli, en plus, 1 500 $ de contri­butions en argent. Les gens avaient bien accueilli l’appel du Comité estrien pour l’Amérique centrale en faveur du Nicaragua, ce David qui se tient debout face au Goliath américain.

Et ce n’est pas seulement à Sherbrooke que la réponse avait été forte et généreuse : en allant porter notre chargement à l’entre­pôt de Montréal, nous avons vu des montagnes de boîtes conte­nant comme les nôtres les outils que le Nicaragua ne peut plus se procurer à cause de la guerre d’a­gression téléguidée contre lui à partir des États-Unis. En jasant avec les bénévoles de l’entrepôt, nous apprenons que les gens de la ville de Québec ont rempli une « van » de 45 pieds qui ira porter directement à Vancouver le ma­tériel recueilli; que deux « vans » semblables partiront de Mon­tréal; que Calgary enverra un conteneur par chemin de fer : c’é­tait comme voir circuler le sang dans un réseau d’artères. Van­couver était le point de conver­gence de ce sang venant d’un bout à l’autre du pays en même temps que l’endroit à partir du­quel se ferait la transfusion au Nicaragua saigné par la guerre.

Cette campagne nous met sous les yeux une magnifique image de la solidarité, cette « tendresse des peuples » : pendant que les millionnaires dépités s’acharnent à abattre la jeune révolution san­diniste, à la calomnier et à stop­per ses réalisations dans le do­maine de la santé et de l’éduca­tion, les petites gens de tous les coins du monde s’organisent pour la soutenir et la défendre. Les comités de solidarité avec le Nicaragua ont poussé comme des champignons, entre autres aux États-Unis : c’est sans doute parce que l’exemple de ce petit peuple si décidé et si courageux nous insuffle beaucoup d’espoir et que nous avons avant tout besoin d’espoir pour commencer à agir, à nous mobiliser pour que nos rêves de justice commencent à devenir réalité.

En tout cas, le succès de l’« O­pération Bateau » en Estrie nous permet d’espérer que la valeur du matériel chargé sur le bateau de cette année (qui part de Vancouver en janvier) dépassera celle de l’an passé : un million et demi de dollars.

Pour notre part, nous avons dé­cidé de maintenir en permanence cette collecte d’outils pour la paix. Aussi, si vous avez le goût de contribuer à remplir le pro­chain bateau de la solidarité cana­dienne, ne vous gênez pas ! Contactez le Comité estrien pour l’Amérique centrale (566-8595) et contribuez à faire une réalité du rêve sandiniste d’une société où la dignité et la justice l’emportent sur la loi du dollar.

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