Nous étions six dans la cave du Carrefour de Solidarité internationale en train d’emballer, d’évaluer et d’étiqueter le matériel recueilli dans le cadre de la campagne « Outils de paix pour le Nicaragua ». Trois chaises roulantes, deux machines à coudre, trois dactylos, dix marteaux, des centaines de crayons, de cahiers et d’effaces, des seringues, des pansements, des cassettes, etc : il y en avait pour environ 7 000 $ – et nous avions recueilli, en plus, 1 500 $ de contributions en argent. Les gens avaient bien accueilli l’appel du Comité estrien pour l’Amérique centrale en faveur du Nicaragua, ce David qui se tient debout face au Goliath américain.
Et ce n’est pas seulement à Sherbrooke que la réponse avait été forte et généreuse : en allant porter notre chargement à l’entrepôt de Montréal, nous avons vu des montagnes de boîtes contenant comme les nôtres les outils que le Nicaragua ne peut plus se procurer à cause de la guerre d’agression téléguidée contre lui à partir des États-Unis. En jasant avec les bénévoles de l’entrepôt, nous apprenons que les gens de la ville de Québec ont rempli une « van » de 45 pieds qui ira porter directement à Vancouver le matériel recueilli; que deux « vans » semblables partiront de Montréal; que Calgary enverra un conteneur par chemin de fer : c’était comme voir circuler le sang dans un réseau d’artères. Vancouver était le point de convergence de ce sang venant d’un bout à l’autre du pays en même temps que l’endroit à partir duquel se ferait la transfusion au Nicaragua saigné par la guerre.
Cette campagne nous met sous les yeux une magnifique image de la solidarité, cette « tendresse des peuples » : pendant que les millionnaires dépités s’acharnent à abattre la jeune révolution sandiniste, à la calomnier et à stopper ses réalisations dans le domaine de la santé et de l’éducation, les petites gens de tous les coins du monde s’organisent pour la soutenir et la défendre. Les comités de solidarité avec le Nicaragua ont poussé comme des champignons, entre autres aux États-Unis : c’est sans doute parce que l’exemple de ce petit peuple si décidé et si courageux nous insuffle beaucoup d’espoir et que nous avons avant tout besoin d’espoir pour commencer à agir, à nous mobiliser pour que nos rêves de justice commencent à devenir réalité.
En tout cas, le succès de l’« Opération Bateau » en Estrie nous permet d’espérer que la valeur du matériel chargé sur le bateau de cette année (qui part de Vancouver en janvier) dépassera celle de l’an passé : un million et demi de dollars.
Pour notre part, nous avons décidé de maintenir en permanence cette collecte d’outils pour la paix. Aussi, si vous avez le goût de contribuer à remplir le prochain bateau de la solidarité canadienne, ne vous gênez pas ! Contactez le Comité estrien pour l’Amérique centrale (566-8595) et contribuez à faire une réalité du rêve sandiniste d’une société où la dignité et la justice l’emportent sur la loi du dollar.



