Humain, trop humain ?

1 avril 2006

Troud’homme : Lettres à l’Humanité

J’avais assisté, il y a quelques années, à une prestation de ce groupe local au défunt Presse Boutique-Café. Et voilà qu’il nous offre son premier album. La première écoute a ravivé ma mémoire auditive et je me suis souvenu, entre autres, de la pièce titre, avec son accompagnement à la mandoline mais aussi de Les temps pestifs et de Tes pas tout seul, message direct envoyé à feu Dédé Fortin, dans le style musical et la langue propre aux Co-locs.

Avec ses Lettres à l’humanité, Troud’homme nous entraîne dans un rock rythmé, en parfaite alchimie avec les textes écrits et chantés par Pierre Marcoux. Le titre de l’album nous annonce déjà les préoccupations socia­les du groupe, comme sur Le Temple, qui traite des grandes surfaces commerciales sans âme (A chaque coin de rue meurt son artisan /Sous la pilule du géant). Un autre titre, Planète bleue, aborde l’état désolant de notre monde terrestre, vu sous un angle extra-terrestre. Quand à Mon nom est personne, elle traite de sentiment d’aliénation, de solitude et d’isolement, dans une finale de rock expérimental qui rappelle le groupe anglais Radiohead.

La retranscription des textes des chansons est offerte sur une demi-douzaine de petits cartons joliment illustrés, ce qui les met d’autant plus en valeur. C’est aussi pratique pour l’auditeur qui ne veut pas perdre quelques mots ici et là dans la frénésie des guitares électriques…

Bons textes bonne musique

Pour la réalisation de ce disque, le groupe bénéficie pleinement d’une prise de son rien de moins qu’excellente, ce qui bien sûr, est tout à leur avantage. Troud’homme a fait appel à une chanteuse (Marie-Claude Élias) pour les back-vocals et à des chœurs d’enfants qui reprennent les refrains de cer­taines pièces. Belle idée. On peut aussi entendre la douce voix d’Éli as en solo sur Éphémère, toute simple avec son parfum printanier, pièce apaisante qui agit comme une pause-café dans une journée de bureau assommante. C’est une sorte d’entracte, une chanson fort différente du climat d’en­semble de l’album.

Lettres à l’humanité offre des textes forts sur une musique d’agréable écoute, même si le rythme du disque s’essoufle un peu en fin de parcours, avec des compositions plus faibles (Guérisons et XXIe par exemple). Notons aussi qu’on peut être agacé par quelques clichés un peu réducteurs, et je cite : L’Amérique est la sangsue, la sangsue de la Terre, sur XXIeou lorsque le chanteur nous affirme que Y’a pas de bêtise humaine parce que les bêtes sont plus censées, plus vraies et plus sereines /Y’a que dans les enfants qu’on peut se réfugier, sur Les beautés du monde… Petits bémols qui bien sûr n’empê­chent pas de souligner la qualité générale de ce premier effort d’un groupe d’ici qui mérite plusieurs écoutes attentives.

 

 

Par Yanick Bilodeau

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