Médias et campagne électorale

1 mars 2006

Le mouvement de mobilisation pour la sauvegarde de la station CHOI-FM de Québec à l’été 2004 et la récente entrée au pou­voir du Parti conservateur (PC) à Ottawa donnent l’impres­sion d’être liés par un filon politique. En effet, la revendica­tion d’une défense de la liberté d’expression sans limite semble plutôt s’être avérée comme une défense des valeurs sociales et politiques prônées par le PC. Un sondage réalisé auprès d’audi­teurs et d’auditrices de la station a révélé que 85 % d’entre eux n’avaient jamais participé à une activité d’ordre politique avant que la menace de fermeture de la station ne soit présentée sous cet angle, De plus, les personnes interrogées ont été forte­ment influencées par les propos des animateurs de CHOI. Or, ce phénomène de réduction politique apparaît être en partie à l’origine du comportement électoral de l’auditoire de CHOI. Sinon, comment expliquer que ces personnes appuient dans une bonne proportion les mêmes partis politiques (Action démo­cratique du Québec et Parti conservateur du Canada) que la station ?

André Arthur et CHOI

Dans un même ordre d’idées, l’élection de l’ex-animateur de la station CHOI, André Arthur, vient alimenter le discours autour de CHOI et de ses tendances politiques. Élu comme député indépendant, il veut se lancer à la défense de la station et pose ses espoirs sur le PC pour redonner à CHOI sa licence. Le propriétaire de la station, Patrice Demers, compte sur l’inter­vention du chef du PC Stephen Harper auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour reprendre possession de sa licence. Le programme du PC prévoit assurer le respect de la liberté d’expression et une réduction du rôle du CRTC dans la réglementation du contenu. Reste à voir si ce parti saura conserver l’appui de la « population pro-CHOI » si le CRTC lui tient tête…

Tendances électorales

Un sondage réalisé en décembre 2005 a révélé que 75 % des Canadiens et Canadiennes étaient satisfaits de la couverture médiatique de la campagne électorale fédérale. Ce sondage a été repris auprès des mêmes personnes à la mi-janvier 2006. Une différence majeure s’est dessinée entre les deux sondages : 40 % des électeurs et électrices ont avoué que les journalistes semblaient souhaiter une victoire du Parti conservateur alors que c’est dans la même proportion que les gens sondés en décembre croyaient plutôt en une préférence pour le Parti libéral. Ce revirement aurait-il été influencé par les médias ? Il semble que oui. Une analyse de la firme d’experts Influence communication a révélé que Stephen Harper avait réussi à attirer l’attention des médias de façon croissante tout au long de sa campagne, obtenant jusqu’à 55 % de la couverture médiatique en fin de course. Par ailleurs, les libéraux n’ont occupé que 20 % de cette cou­verture en fin de campagne. Il serait donc raisonnable de penser que les médias ont influencé la campagne électorale, et ce, tant par la publication de sondages que par la couverture elle-même. Devant ce constat, le Collectif régional d’éducation sur les médias d’information (CRÉMI) se questionne sur la façon dont les médias d’information traitent les événements dans le cadre électoral.

Sources . La Tribune La Presse et Le Devoir, décembre 2005 et janvier 2006

 

 

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